Pas Pleurer, adapté du roman de Lydie Salvayre (Editions du Seuil / Editions Points – Prix Goncourt 2014), adaptation et mise en scène de Denis Laujol

Crédit photo : Yves Kertius

Photo-pas-pleurer-0046.jpg

Pas Pleurer, adapté du roman de Lydie Salvayre (Editions du Seuil / Editions Points – Prix Goncourt 2014), adaptation et mise en scène de Denis Laujol

 Pas pleurer est le récit par Lydie Salvayre de l’histoire de sa mère Montserrat – Montse -, plongée dans la guerre civile espagnole, l’été 1936, à l’âge de quinze ans. Nonagénaire à présent, victime de troubles mémoriels, elle a oublié sa vie, si ce n’est cette courte période durant laquelle un vent de liberté a soufflé sur son existence.

Sa mémoire ne peut occulter le souvenir d’une aventure collective politique performante, l’invention de la révolution sociale et autogestionnaire espagnole de 1936, faite par des anarcho-syndicalistes engagés, issus des villes et des campagnes, qui brandissent le drapeau d’une Espagne en rouge et noir, mouvement dont se réclame le frère aîné de Montse et ses amis, la plupart travailleurs agricoles.

Le spectacle s’articule à partir de deux voix entrelacées, deux conscience parallèles.

D’un côté, la voix révoltée de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Eglise contre les « mauvais pauvres » et dont le pamphlet Les Grands Cimetières sous la lune (1938)heurte son propre camp, la droite catholique française et européenne.

Sur l’île de Majorque, il assiste, horrifié, aux massacres de paysans républicains par les Franquistes dont la violence répressive durant la Guerre d’Espagne est notoire.

La voix off suggestive de l’acteur Alexandre Trocki prend en charge la parole mélancolique de Bernanos tandis que sur le mur du lointain, s’animent en fondus-enchaînés les images de la création vidéo de Lionel Ravira – la projection sur la toile de fond d’un film de tableaux conçus par Olivier Wiame, lui-même inspiré d’abord par les maîtres de la peinture catalane, Tàpies et Miro, pour s’en éloigner ensuite.

De l’autre côté, la voix  et le corps de Montse, figure interprétée par l’enthousiaste et malicieuse Marie-Aurore d’Awans – prix 2017 de la Critique du Meilleur espoir féminin pour sa prestation dans Pas pleurer au Théâtre de Poche de Bruxelles –, qui parle une langue savoureuse et expressive, le fragnol – un mélange de français et d’espagnol parlé par la mère de l’auteure, réfugiée en France depuis des années.

La comédienne, Catalane d’origine, parle le français, l’espagnol et le catalan. Energie, fougue, humour et idéalisme, l’actrice est cette paysanne silencieuse à ses débuts, qui prend de l’assurance peu à peu en rejoignant Barcelone et son rêve politique. Elle quitte sa campagne pour rejoindre la ville révolutionnaire, étonnée de voir ainsi que des femmes en pantalon fument sans qu’elles ne soient prostituées.

L’actrice joue la fille mais aussi la mère, la première donnant des anisettes à la seconde. La plus jeune est à l’écoute – attention et générosité -, et l‘aînée, heureuse de narrer les éblouissements de sa vie : « J’écoute ma mère et je me demande… Ses rêves se sont-ils dissous (Sont-ils tombés au fond d’elle-même comme ces particules qui se déposent au fond d’un verre ?) Ou bien un feu-follet brûle-t-il encore au fond de son vieux cœur comme il me plaît infiniment de le croire ? Les braises encore tièdes de ce mois d’août 36 où l’argent fut brûlé comme on brûle l’ordure… »

Rêve d’une société égalitaire où l’argent-roi est déchu comme un tyran abusif.

La foi en un monde meilleur déclenche une énergie vitale chez la mère que porte sa parole avec gloire, une vivacité relayée encore par l’emportement et la rage talentueuse de la comédienne, des leitmotiv repris par la composition musicale live de Malena Sardi, guitare et archet comme instruments significatifs de rock’n roll.

Une belle représentation de spectacle théâtral et musical, une performance d’artiste scénique qui déclame d’un personnage à l’autre, d’une posture à l’autre, depuis les années de la Guerre d’Espagne aux nôtres strictement contemporaines, soit le va-et-vient d’un cycle vital irrépressible qui laisse se dessiner des lendemains qui chantent.

Véronique Hotte

Festival Avignon OFF, Théâtre des Doms,1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne 84000 Avignon, jusqu’au 26 juillet, relâche le 18, à 14h30. Tél : 04 90 14 07 99

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s