Hedda, texte et regard extérieur Sigrid Carré-Lecoindre, mise en scène et interprétation de Lena Paugam

Hedda, texte et regard extérieur Sigrid Carré-Lecoindre, mise en scène et interprétation de Lena Paugam

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Sigrid Carré-Lecoindre est l’auteure d’Hedda, un monologue librement inspiré par la figure de Hedda Nussbaum, femme américaine née en 1942 dont le nom fut rendu célèbre en 1987 suite à une affaire judiciaire où elle fut accusée par son mari d’avoir tué sa fille adoptive, Lisa Steinberg. Ses défenseurs furent nombreux à présenter Hedda comme victime de violences physiques et psychologiques exercées sur elle par son mari Joël Steinberg. Celle-ci a écrit un livre « Survivre au terrorisme intime ».

L’auteure d’un coté, et la metteure en scène-interprète Lena Paugam de l’autre, se sont révoltées à l’annonce du passage récent de la loi russe dépénalisant les violences conjugales. Le texte est interprété par la comédienne, seule sur le plateau.

Pour décor, une pièce d’appartement aux couleurs bleues et lunaires avec salle de bain attenante, visible au lointain. Une jeune femme vive joue son propre rôle, faisant le récit de sa rencontre avec l’époux, interprétant ce mari à l’occasion, et narratrice.

 Le spectacle est imaginé autour de la violence domestique faite aux femmes, une animosité sourde qui n’apparaît pas au regard des autres. Pour la victime, domine un état entaché d’irréalité dû non seulement au sentiment d’isolement – le secret dans lequel on la confine -, mais encore à la chape de plomb silencieuse qui l’enserre.

Un état de blues, de mélancolie et de tristesse va lui tenir lieu peu à peu d’univers personnel – une brutalité subie, lot imparti à la jeune timide et enjouée des débuts.

Une soirée entre amis, et l’invitée renverse maladroitement un verre : la scène n’échappe pas à celui qui l’observe attentivement, décelant intuitivement chez elle une fragilité et une maladresse qui conviennent particulièrement à ce prédateur.

Coup de foudre, les amoureux vivent une passion dont les battements de bonheur sont universels, avant qu’ils n’en connaissent les premiers mouvements de décélération – perte de vitesse d’un sentiment qui hoquète. Sans en comprendre les causes, la femme éprouve une hantise permanente – peurs jusqu’aux coups reçus.

Petites remarques insignifiantes, quelques conseils de réajustement vestimentaire, l’homme veut diriger et dominer sa compagne, l‘éprouver jusqu’à la réduire à néant, se retrouvant lui-même face à son propre vide intérieur, un enfer qui habite le bourreau et le rive à un abîme sans fond qu’il a d’abord projeté, vengeur, sur l’autre.

La scénographie de Juliette Azémar installe la situation tragique dans une aura bleue et nocturne, une vision sombre et ombreuse qui désigne l’enfermement intime. La protagoniste lumineuse du départ perd de sa superbe et de son assurance : le mal est enclenché jusqu’à ce qu’il accomplisse la tâche qu’il s’est assignée – détruire.

La prose poétique de Sigrid Carré-Lecoindre agit comme un baume sur les blessures subies par la victime et par le public, par ricochet – une écriture délicate et précise qui nomme ce qu’on n’ose jamais évoquer : « La surdité c’est ce qui meurt le monde. Avec le temps, même la douleur s’estompe. Le corps insensibilise, métamorphose. Prend des contours / se métisse d’absence à lui-même. On s’habitue à tout… »

L’habitude d’un corps qui n’épouse plus qu’une douleur tue. L’actrice est assise, se lève, marche, s’immobilise puis reprend son errance jusqu’au terrassement final. Un spectacle délicat qui pose de front la terreur des perversités humaines à empêcher.

Véronique Hotte

Festival Avignon OFF, La Manufacture – collectif contemporain, 2 rue des Ecoles Avignon, du 6 au 26 juillet à 14h45. Tél : 04 90 85 12 71

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