Trans (Més Enllà), mise en scène Didier Ruiz, collaboration artistique Tomeo Vergès, scénographie Emmanuelle Debeusscher, traduction et sur-titrage Julien Couturier – spectacle en français, catalan et castillan surtitré en français.

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Trans (Més Enllà), mise en scène Didier Ruiz, collaboration artistique Tomeo Vergès, scénographie Emmanuelle Debeusscher, traduction et sur-titrage Julien Couturier – spectacle en français, catalan et castillan surtitré en français.

 Peu importe l’origine du genre de chacune ou chacun à la naissance : trans, ils ou elles sont, ils et elles se présentent sur le plateau conçu par le metteur en scène Didier Ruiz, familier de l’exploration scénique de sous-catégories sociologiques entachées d’indistinction ou plus ou moins « séparées » des autres catégories reconnues, « normales » ou « normées » ; ainsi, les adolescents, les prisonniers qui ont purgé leur peine, les personnes âgées qu’on appelle les vieux.

Et donc, après les ouvriers, les ex-détenus, les chercheurs, les transgenres sont invités par Didier Ruiz à se présenter sur la scène pour informer le public de ce qu’ils ont vécu – les épreuves traversées longtemps d’abord avant qu’ils ne se décident, puis au cours même de leur choix libérateur et enfin après qu’ils aient opté de passer d’un genre à l’autre –  ce temps étrange et heureux de la « transition ». Tous et toutes délivrent une parole scénique accompagnée, non du théâtre documentaire.

Le metteur en scène  évoque un théâtre politique du monde et de l’humanité dont la parole libérée n’était jusqu’à présent réduite qu’à la marge des plateaux. Accompagnés, les performeurs d’un parcours existentiel à part et singulier qu’ils se donnent la peine d’expliciter au public s’adressent de façon individuelle aux spectateurs, allant jusqu’à provoquer chez eux une réflexion intime et citoyenne.

De l’enfance à l’adolescence, le mal-être, l’impression de ne pas « être » à sa vraie place et soutenir un mensonge à ses propres yeux d’abord et aux yeux de la société.

L’incompréhension parentale souvent entraîne, quand on est confronté à la misère du monde, les fugues, l’usage de la drogue, le recours à la prostitution. Et quand on est « mieux » né, l’écoute familiale est parfois plus sensible et compréhensive.

Ensuite, après les difficultés des héritages verticaux, symboliques et parentaux, viennent les relations horizontales avec les êtres aimés, qu’ils soient hétéros ou homos ou transgenres, eux aussi. Chacun et chacune ne livrent que des moments évocateurs – souvenirs, anecdotes, petites histoires – forts, et non pas le déroulé attendu et circonstancié d’une vie qui n’en est encore qu’à ses larges débuts.

Le chorégraphe Tomeo Vergés a aidé le groupe à travailler sur le plateau, apprenant aux uns et aux autres à faire intervenir leur corps digne et entendu, désiré et accepté : les personnes au plateau savent qui elles sont et quelle est leur histoire.

Que l’on aime, sans se l’expliquer, porter des dessous féminins, alors qu’on est garçon ; que Laura demande à une amie au téléphone de lui trouver un prénom masculin et que celle-ci la/le rappelle au téléphone pour lui suggérer « Raul », anagramme qui aurait perdu un de ses « a » ; que l’on soit époux et père et que l’on change de genre, et que votre fils, serrant votre coude à la sortie du magasin, vous a accompagné(e) dans l’achat de vêtements féminins ; que vous viviez de nouveau avec votre épouse et mère de vos enfants alors que vous êtes devenue femme ; que votre milieu professionnel vous rejette et vous exclue ou bien qu’il vous soutienne…

Les interprètes de leur propre témoignage apparaissent sur la scène, sereins autant qu’ils peuvent l’être, apaisés et satisfaits enfin d’avoir trouvé leur vérité existentielle. Seuls ou avec untel, ils se font écho, dessinant pour le public des lignes et des signes de reconnaissance, ralliant un parcours commun et ardu qu’ils ont à présent dépassé et transcendé, laissant sous-entendre aussi la violence du monde alentour.

Sur le plateau, dont les animations visuelles sur les parois de rideaux tiennent lieu de pauses, les hommes et femmes qui se « produisent » dans la représentation révèlent une parole authentique qui force le public à s’incliner chapeau bien bas.

Véronique Hotte

Festival IN Avignon, Gymnase du lycée Mistral, les 8, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 16 juillet 2018 à 22h.

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