Summerless, texte et mise en scène Amir Reza Koohestani, traduction française du persan, adaptation et sur-titrages Massoumeh Lahidji, scénographie et peintures Shahryar Hatami

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Summerless, texte et mise en scène Amir Reza Koohestani, traduction française du persan, adaptation et sur-titrages Massoumeh Lahidji, scénographie et peintures Shahryar Hatami

 L’action se passe dans une cour d’école iranienne à Téhéran, un espace habité par un tourniquet, un socle ludique et tournoyant de jardin public et un symbole de circularité qui paraît s’en remettre aux cycles répétitifs infinis de la vie et des saisons.

L’installation silencieuse de jeu respire d’un souffle régulier, à l’écoute des échanges des protagonistes de la pièce : un peintre, une surveillante d’école primaire, une mère inquiète – comme il se doit – pour sa fille, durant trois saisons dont la quatrième manquante caractérise l’année comme étant sans été, Summerless.

La tâche du peintre peu causant consiste à recouvrir de son enduit puis de sa fresque peinte les murs de la cour d’école souillés par les slogans de la Révolution, il y a plus de vingt ans. Les maximes révolutionnaires seront remplacées par des peintures et des inscriptions qui correspondant davantage à l’actualité en cours.

Comme pour beaucoup d’autres pays du monde, l’école publique se voit de plus en plus déconsidérée, alors que, dans le même temps, foisonnent les écoles privées.

Ainsi, depuis peu à Téhéran, les directeurs d’établissement fixent les frais scolaires.

Pour justifier la hausse des tarifs de l’école des filles, la directricedécide de rafraîchir les locaux, chargeant la surveillante d’organiser cette rénovation prometteuse. Celle-ci fait appel au peintre avec lequel elle a vécu autrefois, avant qu’ils ne se séparent ; lui, pour vivre de son art peu rétribué, et elle, pour avoir un enfant sans trop tarder.

Tous deux ont échoué dans ces rêves qu’ils avaient si longtemps portés.

Or, les travaux se prolongent, l’argent manque et le peintre prend son temps : il échange avec celle qu’il a aimée jadis et avec la jeune mère qui vient en avance attendre, sur le tourniquet, sa fille – objet de ses attentions -, à la sortie de l’école.

Les propos fusent dans la générosité, l’air de rien – des banalités, force de l’implicite et des sous-entendus -, et chacun livre ses peurs et s’interroge face au bouleversement d’un monde qui fait si vite et si brutalement table rase du passé.

En conversant, les personnages livrent en même temps l’abîme de leur solitude.

Familier de théâtre documentaire, l’auteur et metteur en scène Amir Reza Kooshestani crée un théâtre poétique qui ne nomme pas directement les maux.

Le peintre se demande s’il peut avoir un avenir d’artiste dans ce pays écartelé  -politique et société – dont les habitants n’hésitent pas à formuler les angoisses, s’adonnant à bâtons rompus à des bavardages quotidiens évocateurs ; les femmes voilées aux cheveux délicatement apparents parlent librement avec les hommes.

Dans la scénographie de Shahryar Hatami et avec la vidéo de Davoud Sadri et Ali Shirkodaei, l’attention est subtile – saisie et partage émouvants de morceaux de vie.

Véronique Hotte

Festival Avignon IN, La Chartreuse – CNES de Villeneuve Lez Avignon, les 8, 9, 10, 11, 13, 14 et 15 juillet 2018

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