On aura pas le temps de tout dire, Portrait d’acteur # 1, conception et adaptation Eva Vallejo et Bruno Soulier, acteur/textes Gilles Defacque

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On aura pas le temps de tout dire, Portrait d’acteur # 1, conception et adaptation Eva Vallejo et Bruno Soulier, acteur/textes Gilles Defacque

 La performance On aura pas le temps de tout dire brosse le portrait d’un homme en tableaux successifs. Sur la scène, un être singulier et bien dessiné que les risques n’effraient pas, s’écartant des images convenues d’une vie aspirée par le quotidien.

Les concepteurs – la metteuse en scène et scénographe Eva Vallejo et le compositeur musical et interprète live Bruno Soulier  de L’Interlude T/O– évoquent en traitant du spectacle « une partition qui se joue entre le mot, le son, le geste et le silence ».

Un jeu d’allers retours entre journal intime et rapport au public, burlesque et lyrisme.

Qui est sur le plateau ? Un acteur, un clown, un auteur, un metteur en scène, un chef de troupe encore puisque Gilles Defacque est directeur du Théâtre Le Prato à Lille, Théâtre International de Quartier – Lille et Pôle National Cirque.

Entre sobriété et intensité, il se raconte si élégamment qu’il touche à l’universel.

Ainsi, à côté de tous ces titres d’artiste qui composent à la fois la belle apparence citoyenne d’une étoffe existentielle et un imaginaire nourri et entretenu de rêves et de songes, il a l’audace d’« être », le plus naturellement et modestement qu’il soit.

Le portait d’un homme parvenu à grande maturité qui n’a pas le temps de tout dire.

Sur la scène, un comédien de haute stature élancée, – costume sombre et chevelure blanche -, et s’abandonne avec tact à ses pensées et à ses préoccupations, entre les réminiscences d’une aventure grisante et les souvenirs d’une expérience unique.

Portant une petite chaise enfantine d’un côté, et un concertina de l’autre, l’acteur déclame ce qu’il a en tête, entre angoisse et malice, attentif à la vie qui passe, à la qualité des instants et à la valeur authentique d’un temps fondateur : « A ce moment-là, On dira que ça se passe à ce moment-là …tu descends le long des spectateurs dans le noir Tu sens les regards peser sur toi Tu as peur, tu frôles le mur… »

L’auguste de Gilles Defacque fait couple avec le clown blanc – Monsieur Loyal -, témoin et médiateur. L’acteur assume le rôle du clown rêveur auquel il suffit de parler et de pratiquer sa propre gestuelle à peine décalée pour qu’il provoque le sourire.

Originaire de Friville-Escarbotin dans la Somme, l’acteur s’essaie à une Tentative de poèmes ou bribe de poèmes pour les mineurs de Liévin (27 décombre 2014) : « Descendre Descendre Remonter Respirer La flamme Grisou… On entre dans le silence On entre dans l’autre nuit. » Réalisme et poésie d’une vie ouvrière enracinée.

Le comédien a le sentiment, quant à lui, de bien vivre la vie qu’il voulait, jouant aussi dans Les Barbares de Maxime Gorki, une mise en scène de Eric Lacascade : il est passé, toujours réceptif, d’un spectacle à l’autre, du plus confidentiel au plus collectif.

Facétie et émotion, la Lettre d’un comédien à sa très chère Maman,depuis le Festival Off en Avignon, fait sourire le spectateur quand l’épistolier avoue avoir vraiment trouvé sa place, ayant abandonné pourtant son poste de professeur de lettres, puis réclamant en post-scriptum le secours d’un petit billet salvateur.

Jeux de lumières de Daniel Lévy, couloirs, passages, cadres, l’espace subtil de Eva Vallejo est dessiné avec précaution : silences, pauses, noirs et attentes. Le voyage intime est privé  – scène et salle -, un parcours à étapes, entre ombres et lumières.

Des chaises rangées au lointain, des mallettes pour les instruments de musique, et le Pierrot lunaire n’est maladroit que fictivement, poète avant tout d’un échec soft.

Que le comédien passe du concertina à la trompette de poche ou au violon aux cordes cassées – moments musicaux confidentiels -, il ne cesse de converser délicatement avec Bruno Soulier sur le plateau, à travers les cordes synthétiques, les accords d’un piano, les bruits de plateaux, les sons concrets, traités et enregistrés.

Les chansons sont reprises et alternent d’une voix à l’autre, un va-et-vient inventif, et

la recherche constante d’une vibration entre le geste scénique et le geste musical.

Art de l’improvisation burlesque, langage de l’enfance, le clown-auguste ne met son nez rouge qu’à la fin, révélant la difficulté d’être, tandis que le visage est impassible : pitreries à peine esquissées et censées cacher une trop grande sensibilité intérieure.

Le clown musical et poétique s’amuse de l’absurdité insolite de l’existence, prenant son temps, posant ses figures nettes, fignolant ses arrêts, reprenant son rythme à lui.

Un personnage beckettien dans l’âme, entre dérision sociale et métaphysique, un personnage de théâtre contemporain absolument fort d’une présence poétique sûre.

Véronique Hotte

Avignon Festival Off, La Manufacture Avignon, du 6 au 26 juillet 2018 à 13h55, relâche les 12 et 19 juillet 2018. Tél : 04 90 85 12 71 www.lamanufacture.org

Le Prato/Lille, du 11 au 16 octobre. Théâtre de Vienne, les 18 et 19 octobre. Théâtre élisabéthain du Château d’Hardelot, les 16, 17 et 18 novembre.

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