Etats de femme – L’identité féminine dans la fiction occidentale de Nathalie Heinich, collection Tel, éditions Gallimard

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Etats de femme – L’identité féminine dans la fiction occidentale de Nathalie Heinich, collection Tel, éditions Gallimard, Tel n°422, 400 p /12,30 €

Nathalie Heinich prend symboliquement appui sur Jane Eyre de Charlotte Brontë pour élaborer son étude Etats de femme- l’identité féminine dans la fiction occidentale– ouvrage paru d’abord en 1996 dans la collection Essais de Gallimard.

Publié en 1847, le roman Jane Eyre est non seulement un classique de la littérature mais un best-seller : indice que l’imaginaire dont il est porteur demeure aujourd’hui vivant.

Cet imaginaire est spécifiquement féminin, puisque le récit décrit systématiquement l’espace des possibles qu’autorisent les différentes façons d’être une femme.

L’auteure répertorie l’état de jeune fille, celui de vieille fille qu’elle s’apprête à être, puis celui de première épouse qu’elle espère devenir, celui de maîtresse en lequel elle refuse de tomber, enfin celui de seconde épouse auquel elle finit par consentir.

« Jane Eyre expérimente, évite, vise, refuse ou assume tous les états de femme. »

Jane Eyre, roman de formation pour adolescentes, enseigne qu’une fille mal dotée ne doit pas espérer passer directement de l’état de fille à celui de première épouse mais devra se contenter, plus réalistement, de celui de seconde épouse :

« ainsi les jeunes filles apprendront-elles à rabattre leurs espérances en se résignant à épouser un veuf – même vieux, usé et impotent. »

L’univers d’une telle quête n’a de validité qu’à l’époque du roman – près de trois siècles à partir de la fin du XVII é siècle -, la période majeure se situant au XIX é.

Certaines figures surgissent précocement, ainsi celles dotées du « complexe de la seconde », et d’autres apparaissent plus tardivement, telle la femme « non liée ».

Ces « états de femme » ne sont pas consubstantiels à l’expérience vécue, ne mettent pas en scène des situations réelles, des rapports réels. Ils sont issus des constructions de la fiction –une voie d’accès à l’expérience réelle, pourtant.

La lecture de ces états n’est pas réaliste ; on n’y trouve pas l’essence de la féminité mais en échange, des formes romanesques de construction de l’identité féminine.

C’est une spécificité de l’imaginaire en général, et de l’univers romanesque en particulier, sur lesquels le réel a une prise toute relative. Les œuvres étudiées ne privilégient pas le roman « noble » ; ainsi, ni Proust, ni Joyce, ni Virginia Woolf, ni Beckett ne servent de support à cette recherche dont les œuvres, inspirées par des états plus intérieurs, ne sont pas bonnes conductrices de ces états de femme.

Par contre, les œuvres de Georges Ohnet, Balzac, Hardy et Duras témoignent d’une manifestation claire et déterminée de capacité d’explicitation et d’approfondissement.

Et toute position se construit par référence à un modèle, selon une double opération : assimilation ou identification, différenciation ou dés-identification, deux mouvements contradictoires – une ambivalence -, indispensables à la construction identitaire.

L’amour et la fascination pour un être, alternant avec la haine et le rejet que l’on éprouve pour le même, ainsi la narratrice ambivalente du film Rebecca (1940) de Alfred Hitchcock – milieu de gynécée ou de pensionnat, milieu d’enfermement.

La recherche des « états de fille » porte d’abord sur les « filles sans histoire, « les filles à prendre », les « filles mal prises » jusqu’aux « filles laissées ».L’ouvrage s’arrête ensuite sur la « première menacée », la « première clivée », la « renonçante, consentante », la « première émancipée », la « première exilée ».

Sont étudiés encore le complexe de la seconde épouse, aux divers degrés, les points de vue de la tierce, les états de crise et la femme non liée.

L’étude s’abstient de toute position idéologique, et de tout engagement féministe. L’identité féminine ne peut être saisie qu’à travers un « regard éloigné », celui que porte l’anthropologue sur les romans de la culture occidentale.

Une lecture passionnante en nos temps de prise de conscience et de « libération ».

Véronique Hotte

Etats de femme – L’identité féminine dans la fiction occidentalede Nathalie Heinichcollection Tel, éditions Gallimard, Tel n°422, 400 p /12,30 €

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