VxH – La Voix humaine, à partir de La Voix humaine de Jean Cocteau, Disappear here (extraits) de Falk Richter, conception, musique, mise en scène de Roland Auzet

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

180415_RdL_0277.jpg

VxH – La Voix humaine, à partir de La Voix humaine de Jean Cocteau, Disappear here (extraits) de Falk Richter, conception, musique, mise en scène de Roland Auzet

 VxH / La Voix humaine, un spectacle de Roland Auzet, est articulé autour de deux récits : l’un, La Voix humaine (1929) de Jean Cocteau, l’autre, Disappear here, du contemporain Falk Richter, écrits à presque un siècle d’intervalle. Soit la douleur insondable de l’être aimant, confronté à l’absence de l’aimé qui ne vous aime plus.

L’absence de l’autre est sentie au plus près et blesse l’intime, via une conversation heurtée, cassée, interrompue, puis reprise sur les ondes téléphoniques – un moyen de communication à fil révolutionnaire en 1930 -, quand le récit de Falk Richter suit le parcours d’un personnage absent à lui-même dans sa quête de l’être cher.

Une histoire de conversation via le téléphone – rupture et abandon, « Dans le temps, un regard pouvait tout changer mais avec tous ces appareils ce qui est fini est fini ».

La femme, après quelques tentatives infructueuses, finit par joindre son destinataire : elle doit rendre des lettres à cet amant passé et transcender sa souffrance présente.

Non-dits, sous-entendus plus ou moins explicites, interruptions de la ligne téléphonique, la séparation à la fois physique et morale est vécue, de secondes en minutes et heures, dans la douleur. Sentiment de solitude, isolement, abandon, Irène Jacob ne sait ni ne peut plus se tenir debout ; elle a voulu attenter à sa vie.

La Voix humaine, créée en 1930 à la Comédie-Française dans des décors de Christian Bérard connaît une première représentation privée chahutée par les Surréalistes. La pièce est innovante, elle ne met en scène qu’un seul personnage – une femme à son téléphone qui ne peut livrer qu’un dialogue lacunaire et tronqué.

Roland Auzet se saisit du texte de Cocteau pour aller plus loin encore, selon nos temps, dans la perception de la pièce par un public hyper-connecté d’aujourd’hui. Il imagine une symphonie urbaine entre ciel et terre, avec Irène Jacob et Falk Richter.

Et aussi la chorégraphe Joëlle Bouvier qui dirige la partition corporelle de l’actrice.

L’espace scénique est en élévation au-dessus du plateau de scène ; les spectateurs s’installent sous l’habitacle surélevé, pieds nus sur le tapis, assis par terre, allongés sur des coussins, ou assis encore sur une chaise autour de l’espace quadri-frontal. La plateforme en plexiglass de l’action dramatique accueille ainsi son public en-dessous, construisant un rapport intime singulier à la narration théâtrale et sonore.

Pour le top d’une narration à la fois visuelle, phonique et sensuelle, l’espace scénique expérimente le son – feu-follet se faufilant aux quatre coins de la scène. L’imaginaire du spectateur se nourrit de la parole de La Voix humaine par Irène Jacob – gravité et légèreté -, et des musiques contemporaines – Daniele Guaschino à la réalisation informatique musicale Ircam et Luca Bagnoli au mixage en temps réel.

La plate-forme porte une dimension musicale acoustique – un espace instrument muni de capteurs pour l’harmonisation des sons vocaux et corporels retranscrits.

La scénographie fait songer à un ring de boxe placé en hauteur, faisant jouer les couleurs et lumières changeantes d’un toit installé, selon la palette de Bernard Revel.

La résonance du spectacle est interactive, le public ne sait où porter son attention, le regard et la tête mobiles, variant points de vue et perceptions, testant toute réception potentielle. Quelle est cette émotion d’être spectateur – voir et ne pas voir, être vu ?

Les formes multiples et insolites de l’expression artistique se répondent, diffusant un courant de rencontre entre jeu théâtral, illustration scénographique et musique.

Quant à Irène Jacob, elle accorde à son public tous les talents de sa belle présence, entre murmures, cris et chuchotements, chutes et reptations sur le sol transparent.

Véronique Hotte

CENTQUATRE-PARIS 75019, ManiFeste-2018, festival de l’Ircam, du 7 au 10 juin 2018, le jeudi 7 et le vendredi 8 à 20h, le samedi 9 à 17h et 20h, dimanche 10 à 17h.Théâtre des Célestins, Lyon, du 9 au 22 novembre 2018. Festival Aujourd’hui Musiques / Théâtre de l’Archipel, Perpignan, du 24 au 25 novembre 2018 Théâtre – Scène nationale de Saint-Nazaire, du 30 au 31 janvier.2019

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s