Tu seras un homme, Papa, texte et interprétation Gaël Leiblang, mise en scène Thibault Amorfini

Crédit photo : Véronique Fel

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Tu seras un homme, Papa, texte et interprétation Gaël Leiblang, mise en scène Thibault Amorfini 

Auteur, réalisateur et producteur de documentaires pour le petit écran, Gaël Leiblang a un penchant pour les univers éclectiques, là où il comprend les êtres rencontrés, captant les moments forts d’un parcours, traquant les présences insolites. Emotion et scénario narratif : le documentaire Usain Bolt : le plus rapide(2012) est un succès.

Résonne sur la scène une musique grave et prenante, le récit bouleversant d’une famille mise à l’épreuve carTu seras un homme papaest une histoire authentique, vécue intensément de l’intérieur par l’interprète. Le fils Roman, nouveau-né prématuré, provoque dans la vie de ses parents, sans le savoir jamais, un épisode des plus douloureux, tiraillé entre la vie et la mort – celle-ci se révélant victorieuse .

Tous les regards, comme l’attention particulière du père et de la mère, près de la couveuse de l’enfant à l’hôpital, comme plus loin, dans les consciences, à la maison et durant treize jours qui passent, s’accomplit l’impensable d’une souffrance inouïe.

Gaël Leiblang – auteur et interprète autobiographique – déclame le journal de bord d’un père qui se bat pour trouver le chemin de la résilience. Sous le ton de la réserve et de la pudeur, la pièce diffuse ses éclats fragmentés à travers l’allégorie du sport.

Ancien journaliste sportif, l’acteur se déprend de la réalité désincarnée de l’hôpital. Passant sur la scène d’un sport à l’autre, d’une course de sprint à un ring de boxe, se préparant à toutes les épreuves à l’endurance plus ou moins longue, l’athlète escalade dans l’effort les murs ardus et hauts, rampant à plat ventre sur le plateau.

La vie est un défi – monter une côte à vélo, grimper des hauteurs escarpées, descendre des précipices, se préparer à une course rapide – ; rien n’est donné sans que l’on n’engage son corps entier dans un oubli de soi passionné. Or, vivre les souffrances psychologiques et morales les plus lancinantes comme les plus coupantes est une épreuve que le sportif se doit d’affronter –  aventure existentielle.

Le sport permet la confrontation de soi – esprit et corps –  avec des obstacles réels tangibles ; pour l’athlète, le corps entretenu est mis sous contrôle, et l’épreuve qui lui est impartie est un défi, aller toujours plus loin dans l’escalade des possibles.

L’expérience morale endurée revient à un combat mené contre un adversaire – l’autre en soi -, une aventure tentant d’éloigner toujours la probable perte enfantine. Et derrière le prisme de la culture sportive, la vie est vécue comme une lutte de super-héros – toujours vainqueur – dont le corps ne peut jamais être entravé.

Mais quand on ne s’y attend pas, la Nature parfois garde le dernier mot de l’histoire.

Il faut au préalable prendre les obstacles de front, puis se relever presque assommé, car le challenge d’envergure ne permet pas qu’on cède aux vagues enveloppantes d’une dépression qui vous engloutit. Tomber, chuter, reprendre son souffle, s’autoriser de la hauteur – station debout -, rêver ensuite la conquête d’un espace intérieur afin de retrouver à nouveau l’espace et le temps d’un être-là plus serein.

Et vivre à nouveau enfin pour acquiescer à une vie qui ne tient pas toutes ses promesses, rester fidèle et digne face aux enjeux d’un parcours semé d’embûches : se sentir être ou exister pleinement en prenant à pleines mains bonheur et malheur.

En définitive, le fils né puis disparu accorde au père son statut de belle personne mature qui sait ce que souffrir veut dire et comment on travaille à renaître à soi.

Une performance délicate dans laquelle le corps engagé de l’interprète tend encore ses muscles pour atteindre son but – tutoyer les hauteurs du cœur et des sentiments.

Véronique Hotte

Théâtre de L’œuvre, 75009 Paris, le 4 juin 2018 à 20h. Festival Off Avignon – Théâtre La Luna, 1 rue Séverine 84000, du 6 au 29 juillet à 17h25. Le Lucernaire, rue Notre-Dame-des-champs 75006, du 24 octobre au 8 décembre à 21h.

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