La Caverne, création collective L’Avantage du doute dirigée par Nadir Legrand, texte de Nadir Legrand, en collaboration avec les acteurs Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Emilie Lafarge

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La Caverne, création collective L’Avantage du doute dirigée par Nadir Legrand, texte de Nadir Legrand, en collaboration avec les acteurs Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Emilie Lafarge – spectacle tout public à partir de 7 ans

Contenu d’un exercice scolaire de collège pour comprendre les mots du numérique :

En 2018, nombre de jeunes gens – de 7 ans à 77 ans, d’une façon générale – sont des utilisateurs connectés qui surfent régulièrement sur le web. Ces branchés new wave consultent tous les jours la presse en ligne, utilisent les réseaux sociaux qui les maintiennent en contact avec leurs relations et leur apportent des informations.

Parfois, il leur arrive d’oublier pourquoi ils ont cliqué sur un lien qui les a menés sur un tout autre sujet que celui qu’ils cherchaient au départ. Le matin, dans les transports, ils écoutent un podcast sur l’actualité récente et n’hésitent pas à tweeter pour réagir en quelques caractères ou à envoyer un mail pour développer leur opinion. Certains ouvrent un blog à partir d’une passion personnelle qu’ils réactivent régulièrement.

Ils sont toujours en retard dans la succession rapide des mises à jours proposées.

En 2018 encore, dans le cadre de l’événement Occupation 2 du Théâtre de la Bastille, la compagnie L’Avantage du doute propose une nouvelle création, La Caverne,ancrée en 2518, spectaclepour tout public à partir de sept ans – nouveauté conceptuelle pour la compagnie comme pour le Théâtre de la rue de la Roquette.

La fable est inspirée par l’allégorie de La Caverne de Platon et la littérature fantastique, un spectacle qui invite à méditer sur l’analogie visuelle et morale entre le théâtre des ombres projetées sur le mur de la caverne et le flux des images quotidiennes déversées sur tous nos modèles d’écrans – petits et grands – existants.

La valeur de ces outils et images dépend de l’usage qu’on en fait et de la capacité de l’utilisateur à conserver la distance d’un esprit éclairé et critique. Régis Debray dont l’objet de travail est la médiologie note que ces outils technologiques et numériques que fabrique l’Homme le changent – son être, sa culture et sa relation au monde

Dans la Caverne – refuge et consolation -, les habitants de la Terre sont « terrés », ayant fui un soleil prétendu qui les brûlait. Le prince est un gourou geek paternaliste – PDG de la firme qui fabrique des outils technologiques nouvelle génération. Et une mère opportuniste d’un garçon ultra-connecté et d’une fille différente ne se fait pas obéir.

La mère est conseillée par une voix d’assistance électronique – anonyme et impersonnelle -, un coach, une nano puce. La fille refuse ce monde, attachée à la sensualité de paysages imaginaires et à l’odeur de la terre plutôt qu’à la magie performante de la 9D, aux divertissements de masse et à la technologie ultra-connectée.

A l’extérieur existe bien la Terre sur laquelle les Kipit bricolent, recyclent et font de la récup’ : les hommes seuls sont responsables du réchauffement climatique.

Une fable écolo-futuriste amusée des plus déjantées, facétieuses et inventives. La création des costumes de Marta Rossi tape juste, jouant d’un futurisme enfantin façon Marinetti – transparence, plexiglass et tissus miroitants aux couleurs acidulées.

La fille interpelle directement le public quand elle sort de sa navette venue des profondeurs, étonnée que les spectateurs connaissent une proximité tout humaine.

Le maître de la Caverne – Nadir Legrand – qui joue aussi le frère et le roi des Kipit, s’en donne à cœur joie, se glissant dans tel costume ou bien poussant son voilier de fortune, un moyen de transport issu de la récupération entre voiles et roues… La plasticienne et scénographe Delphine Sainte Marie jongle avec les objets recyclés, les objets cassés, le matériel informatique obsolète, la matière plastique recyclable.

L’histoire raccourcie de l’humanité projetée avec humour sur la voile de l’engin marin – épisodes loufoques de personnages playmobil – déclenche un rire réjouissant.

Les situations restent cocasses, entre théâtre d’objets et instruments acoustiques. Les personnages de bande dessinée en 3 dimensions sont priés de rendre compte de leurs contradictions politiques, économiques et sociales. Doit-on croire les mensonges transmis de tout temps, d’une génération à l’autre – l’histoire du Papy du Papy du Papy…-, ou bien s’éveiller enfin à une conscience responsable et adulte ?

La parabole écologiste est en même temps un plaidoyer pour l’imaginaire, diffusant son lot d’humour et de poésie, invitant à regarder les écrans à la manière dont Platon considérait l’invention de l’écriture, un « pharmakon », à la fois poison et remède.

Une invitation à interroger la place quotidienne de la technologie et du virtuel. Les écrans addictifs et nocifs sont aussi éducatifs et interactifs, s’ils sont bien choisis.

Véronique Hotte

Théâtre de la Bastille, 76 rue de La Roquette 75020.
Représentations tout public
les 6, 9, 10 et 13 juin 14h30
les 8, 9, 14 et 15 juin 19h30 

Représentations réservées aux scolaires
les 5, 6, 12 et 13 juin 10h
les 5, 8, 12, 14 et 15 juin 14h30 Tél : 01 43 57 42 14

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