Scènes ouvertes à l’insolite 12 è édition – Festival biennal

Scènes ouvertes à l’insolite 12 è édition – Festival biennal. De jeunes talents illuminent les formes animées au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette, au Théâtre Paris-Villette et au Théâtre aux Mains Nues.

 Médée La Petite, d’après Sénèque, texte, conception et interprétation Cécile Givernet, mise en scène Cécile Givernet et Vincent Munsch

 Marionnettes, ombres et son spatialisé, Médée La Petite, joli spectacle de théâtre d’objets, diffuse son mystère énigmatique, d’autant qu’il invite au mariage inattendu entre une forme légère et rêveuse de cirque forain et le mythe tragique de Médée.

Une petite roulotte d’antan – songe d’enfance – est installée sur le plateau, avec sa fenêtre modeste dont le rideau hissé laisse paraître la profondeur d’un cadre de scène. Sous une musique, tantôt dansante, tantôt grave et méditative, des êtres oniriques surgissent sur la scène, formes rondes inouïes avec bras et jambes mobiles qui évoluent, montent et dansent dans l’espace, annonçant la tragédie.

Jeu d’ombres et de lumières, scintillements ludiques dans la nuit du plateau, des lignes, dessins et illustrations, placés judicieusement sous l’aura brumeuse d’une lampe, tracent la magie somptueuse des images de toute conscience intérieure.

Apparaissent ainsi, à côté de la voix narratrice qui conte l’horreur à venir, Médée d’abord dont on apprend les sentiments et les projets intimes, Jason l’infidèle, Créüse – la jeune épouse sacrifiée -, Créon le père égoïste et aussi, le chœur démultiplié de la cité, incarné par un objet insolite – sorte de roue ou d’éventail de papier – qui déplie toutes les figures citoyennes de la rue, commentant l’histoire.

Petits tableaux de genre, scènes miniatures, l’œil du public est ébloui de tant d’inventivité, entre ambiance ouverte de fête foraine et pénétration des passions.

Paperwork, conception, scénographie et interprétation Erin Tjin A Ton et Gosia Kaczmarek, mise en scène Anna Verduin

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 Spectacle présenté dans le cadre de la saison néerlandaise en France, Paperworkinvite le public à pénétrer un refuge de papier – pliage, collage, minutie de la fabrication d’un monde imaginé – d’après l’œuvre et le personnage de Kafka, employé de bureau écrivant la nuit pour échapper à la réalité oppressante du jour.

Correspondance administrative de la compagnie d’assurances pour laquelle l’écrivain travaillait, et manuscrits personnels composant une œuvre littéraire, la feuille de papier est reine, de même les cartons et cartonnages en tout genre.

Que l’on ouvre un tiroir, et des mains osseuses de papier bougent leurs doigts fébriles ; des cahiers minuscules et miniaturisés sont offerts au regard, déposés sur des comptoirs séparés que le public découvre, arpentant l’espace au gré de sa déambulation, suivant tel couloir ou tel autre, entre les diverses maquettes inventées.

Les deux marionnettistes ouvrent des dossiers qui laissent surgir le moment d’une pause – tasses de thé et petite théière invitant à un goûter justement mérité. L’une des deux se réfugie à l’intérieur d’une immense enveloppe, souhaitant passer par un cheminement postal aléatoire avant d’atteindre une destination intime souhaitée.

L’autre interprète porte un grand mannequin de papier, figure blanche derrière laquelle elle se cache et qu’elle fait se mouvoir devant les spectateurs intrigués.

Grande ombre blanche anonyme, impersonnelle – souffrance contemporaine.

Cette belle et délicate installation de théâtre de papier donne le jour artistique à une bureaucratie surréaliste d’un joli gris pâle souris, accordant à tous les froissements de papier la mesure inouïe d’une capacité à faire se lever ou se coucher les mondes.

La Place de l’Etranger-e, conception et interprétation Eléonore Latour

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 Danse et marionnette portée,La Place de l’Etranger – e s’impose comme un spectacle éloquent sur la situation contemporaine des migrants – douleur partagée.

Un homme – visage originaire du continent africain ou d’ailleurs – est allongé sur la grève ; la mer est proche avec le jeu sonore des marées et les cris de mouettes.

Il se relève peu à peu – marionnette grandeur humaine au visage expressif -, manipulé par la marionnettiste dont surgit la chevelure tandis que ses bras et ses jambes sont glissés dans la veste et le pantalon de l’effigie portée : l’une est l’autre, et l’autre est elle – confusion des formes et des identités qui touchent à l’universel.

Un oiseau passe –  trait sonore magnifique de solitude qui résonne dans les cœurs profonds –, faisant crisser le vaste firmament, et la marionnette triste lève la tête, cou tendu vers les hauteurs d’un ciel qu’on devine bleu, la bouche ouverte de bonheur.

La quête identitaire s’inspire du Cantique des oiseaux, recueil de poèmes médiévaux de Farid Od-dîn Attâr, un poème soufi fondateur aux enluminures symboliques.

Rêver d’être un oiseau libre, telle est la belle métaphore d’une quête existentielle libre que la danse et la manipulation subtile d’Eléonore Latour magnifient avec détermination, éveillant à la fois à la conscience de l’autre et à la conscience de soi.

Véronique Hotte

Scènes ouvertes à l’insolite – 12 è édition – au  Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette 75005, au Théâtre Paris-Villette 75019 et au Théâtre aux Mains Nues 75020, du 29 mai au 3 juin. Tél : 01 84 79 44 44

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