Un dimanche au cachot, texte adapté pour le théâtre par José Pliya, d’après le roman de Patrick Chamoiseau, mise en scène de Serge Tranvouez

Crédit photo : Baptiste Muzard

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Un dimanche au cachot, texte adapté pour le théâtre par José Pliya, d’après le roman de Patrick Chamoiseau, mise en scène de Serge Tranvouez

Un dimanche pluvieux, une fillette se réfugie sous une voûte de pierre, dans le jardin du foyer qui l’a recueillie. L’éducateur Patrick Chamoiseau accompagne l’enfant, lui apprenant que la voûte est un vestige de l’esclavage, un cachot de triste mémoire.      Il lui conte dès lors l’histoire de l’Oubliée, cette esclave rebelle enfermée et libre.

L’histoire de la Martinique est étroitement liée à la France depuis la colonisation au XVII é siècle, et son peuplement est issu d’une part, des Français et, d’autre part, de la population d’origine africaine apportée par l’esclavage. Plus généralement, l’esclavage des Africains en Amérique, aux Antilles aux XVIII e et XIX e siècles, relève d’une conséquence immédiate et brutale de la colonisation économique.

Le roman Un dimanche au cachot de Patrick Chamoiseau est publié en 2007, dix ans après l’essai Ecrire en pays dominé (1997) et le récit-poème L’Esclave vieil homme et le molosse(1997), évoquant l’esclavage, fondateur de la réalité antillaise.

Dans Un dimanche au cachotpar Serge Tranvouez, adapté de José Pliya, surgissent ces figures du molosse et du vieil homme, significatives de la domination brutale ou plus insidieuse de la colonisation, quand les modèles du maître sont intériorisés.

La langue de Patrick Chamoiseau, forte d’un imaginaire pluriculturel, drue, inventive et flamboyante, obéit au rythme du créole et libère les captivités accumulées.

Laëtita Guédon, comédienne et metteuse en scène, directrice de la fabrique culturelle des Plateaux Sauvages, incarne l’esclave asservie, assujettie et opprimée, mais qui, consciente de ce joug intérieur comme extérieur, n’en donne pas moins une vie onirique et foisonnante à un monde d’effroi et d’horreur dont elle s’émancipe.

Un maelström d’images, un tourbillon fantasmatique à la fois sombre et incandescent qui peuple les rêves, les songes et les cauchemars de l’être conscient de vivre.

Le Vieil Homme, fort de sa propre liberté, s’est enfui ; puni de mort et déchiré par le molosse du maître, il est défendu par l’Oubliée qui s’est rebellée contre cette mise à mort  inique. Enfermée dans le cachot, la jeune femme laisse échapper hors d’elle et dans l’obscurité toutes les ombres qui la hantent, l’habitent, l’enserrent et la ligotent.

Elle est à l’écoute, dans le même temps, du molosse qui court et halète, près de sa porte, comme elle croit voir, à l’intérieur de la cellule, surgir une, puis deux « bêtes-longues » sombres, indéfinissables, dangereuses et insaisissables. Enfer qui va s’humaniser.

Une autre femme – la Congolaise – dont elle se méfiait, se range à ses côtés et la pousse à se délivrer de sa dépendance, en passant la porte ouverte par le maître.

Refus de l’Oubliée qui ne veut plus ni obéir ni consentir aux vœux et aux ordres. Un désir mature de s’affranchir, depuis l’intérieur existentiel, s’affirme dans sa gloire.

Laëtitia Guédon, maîtresse d’un carré de lumière qui lui est symboliquement imparti, dont la surface dessine avec des cailloux une femme noire allongée et bras ouvert, décline physiquement toutes les postures symboliques qui la définissent : corps fléchi, dos baissé, et dont le visage éclairé diffuse les pleins et les déliés d’une partition vocale personnelle, à côté de la musique beatbox de Blade MC Alimbaye.

Un moment de théâtre hautement poétique et politique.

Véronique Hotte

Théâtre des Quartiers d’Ivry – Manufacture des OEiIlets , du 25 au 31 mai. Tél : 01 43 90 11 11

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