Les Ondes magnétiques de David Lescot (Editions Actes sud-Papiers), mise en scène de David Lescot

Crédit photo : Vincent Pontet, collection Comédie-Française

Les Ondes magnétiques, David Lescot ©Vincent Pontet_49.jpg

Les Ondes magnétiques de David Lescot (Editions Actes sud-Papiers), mise en scène de David Lescot

 « Vous êtes des fossiles, on dirait Mauroy, le mec qui pense que c’est le retour du socialisme période Jean Jaurès. 1981 c’est l’avènement de Jean Jaurès, les gars, ou de Léon Blum, c’est le Front pop’, les enfants de prolos vont voir la mer… », dit à ses collègues ahuris, Flavius – Alexandre Pavloff -, tête pensante de la radio libre Quoi.

Or, le 9 novembre 1981, les radios libres sont enfin autorisées : François Mitterrand met fin au monopole d’État de la radiodiffusion instauré à la Libération.

« Comme la conquête d’une terre vierge accessible à tous », telle est vécue l’éclosion des radios libres au cours des premières années de Mitterrand au pouvoir.

Et Les Ondes magnétiquesde l’auteur et metteur en scène David Lescot offre un éclairage éloquent de l’histoire de France de l’époque et du destin des radios libres.

Deux antennes sont conviées sur le plateau de théâtre, Radio Quoi et Radio Vox : la première est issue des combats libertaires et des organisations collectives héritées de mai 68 ; l’autre met en œuvre une autre forme de modernité, une esthétique nouvelle mêlant l’art, la distance et le documentaire, supprimant de la radio toute notion « d’animation » mais fonctionnant sur le principe professionnel de l’entreprise.

Pour survivre, les deux radios n’en font plus qu’une – Radio Solidaire -, provoquant des conflits politiques, économiques et significatifs du libéralisme naissant, avant l’institution de « la rigueur », trois ans après, et le retour à l’économie de marché rompant avec les premières mesures politiques prises par la gauche au pouvoir.

La publicité fait accéder à l’autonomie, certes, mais l’argent met les plus petits à la merci des plus gros. David Lescot voit l’avant-garde jeune et fauchée faire le travail pour les marchands, parabole capitaliste à observer à travers la loupe du théâtre.

Avant la reprise en main du pouvoir régulateur, survit un laps de temps où prolifèrent l’art, l’expression, la liberté, moments dont rend compte avec talent David Lescot.

Chaos, désordre, paroles libérées, anarchie et naissance d’une esthétique moderne.

La scénographie d’Alwyne de Dardel installe les spectateurs dans un rapport bi-frontal de bon aloi dans la salle du Vieux-Colombier qui du coup, prend de l’ampleur.

Au centre, la table de production avec des micros installés sur des goulots de bouteilles à moitié vides et la cabine de régie à côté, où s’affairent les monteuses apprenties ou confirmées, les ingénieurs du son, les animateurs, tous fous de radio, passionnés de technique ; une jeune fille squatte le lieux sans qu’ils ne la voient.

Peu à peu, modernisation et argent obligent, la cabine de régie est un habitacle en soi – vitres transparentes et consoles lumineuses de belle technologie avancée. Des micros sur pied jonchent le plateau, soit la mise en abyme de la radio dans la radio à moins que ce ne soit du théâtre dans le théâtre – vertige de sensations musicales.

Les chansons donnent rythme et mesure au spectacle, entre reportage loufoque contre la nature automnale, apparitions d’un patron de radio tyrannique – Christian Hecq est, dans le rôle, aussi convaincant  que quand il joue un homme à rien faire.

Des lettres et des mots doux sont adressés clandestinement à des prisonniers.

Les jeux des voix ordonnancent un concert vif et malicieux, voix de journalistes, voix éthérées ou trafiquées, voix de politiques de gauche et de droite, le public s’amuse de ces reconnaissances immédiates, un jeu sonore de l’oie qui a fait son Histoire.

Voix lyrique de Sylvia Bergé, musiques, les nuits blanches du petit peuple de la radio enchaînent des rondes confidentielles glamour et festives – expression identitaire pour bal de travestis, d’hommes-femmes, de solitaires et de couples hétéros.

Couleurs, lumières et émotion, Champagne de Jacques Higelin clôt l’aventure : « La nuit promet d’être belle car voici qu’au fond du ciel apparaît la lune rousse… »

Les comédiens qui endossent les costumes de Mariane Delayre de ces années 1980 courent discrètement d’un rôle à l’autre, s’amusant de leurs métamorphoses, prompts à des transformations rapides en coulisses,  portant beau leurs paillettes.

Un retour facétieux sur des temps épiques qui ne sont pas si éloignés et résistent.

Véronique Hotte

Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier 75006 Paris, du 23 mai au 1erjuillet 2018. Tél : 01 44 39 87 00/01

 

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