Still Life d’Emily Mann, et Providence de Neil LaBute, adaptations et mises en scène de Pierre Laville

Still Life d’Emily Mann, et Providence de Neil LaBute, adaptations et mises en scène de Pierre Laville

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Les deux pièces que met en scène avec précision l’homme de théâtre Pierre Laville aux Déchargeurs proposent une vision ni positive ni attractive des Etats-Unis. Tensions sociales, vertige de l’individualisme, délitement d’un soldat de retour de guerre au foyer, et déconstruction de soi lors des actes terroristes des Twin Towers.

D’un côté, Still Life d’Emily Mann qui, dans la version de 1981, évoquait le retour d’un soldat du Vietnam, révèle trente ans après, les affres d’un US Marine ayant essuyé l’expérience de la guerre livrée par son pays à l’Irak et à l’Afghanistan.

La mémoire des blessures éprouvées au Vietnam s’est ré-ouverte – non cicatrisée.

De l’autre côté, comme en miroir, apparaît la pièce Providence de Neil LaBute qui place son drame le lendemain funeste de la catastrophe du 11 septembre 2001 à New-York, sous les spectres des tours fantômes d’où tombe une pluie de cendres.

Là, un couple illégitime – lâchetés et compromissions – rêve, dans une folie excitée par l’attaque des avions d’Al Qaida, de pouvoir recommencer une vie ailleurs. L’homme ne dirait ni à épouse ni à enfants qu’il vit encore et n’a pas à être porté disparu, tandis que la femme, contrainte par le cadre imprévu qu’entrevoit son amant, s’échapperait également de la ville, voleuse malgré elle d’un mari dit défunt.

Les protagonistes de Still Life sont également repliés sur leur petit univers – le militaire revenu de la guerre – et dont les images sur le front du feu sont ancrées dans les souvenirs et les photos qu’il a rapportées de l’enfer – ; son épouse qui est enceinte d’un second enfant et femme battue qui ne croit plus en rien ; sa maîtresse, déjà mère et divorcée, qui veut par son énergie et sa foi en l’amour sauver le soldat.

La violence de l’homme est son ennemie, celle des deux femmes et davantage celle de l’épouse : la maîtresse engage le bourreau devenu victime à parler, à raconter à et s’exprimer pour que se libèrent l’effroi, la culpabilité de l’horreur vécue et donnée.

Les comédiens Manon Clavel, Antoine Courtray et Ambre Pietri jouent à couteaux tirés, galvanisés de l’intérieur par les images qui les assaillent – ces visions véhiculées par la mémoire du conflit trash et que chaque civil reçoit de plein fouet.

Dans Providence, Marie-Christine Letort et Xavier Gallais ont le coffre voulu pour se mouvoir dans les méandres des petites contrariétés et difficultés à s’aimer de leur personnage : calcul, manigance, mais aussi sincérité des sentiments de l’instant.

Force et belle dynamique des corps jusqu’aux chutes quand on n’atteint pas son but.

Faire face à l’éventualité possible de tout détruire et reconstruire dans l’existence, soit la situation d’échec ou non à laquelle les êtres des deux pièces sont confrontés.

Véronique Hotte

Théâtre Les Déchargeurs – Le Pôle, 3 rue des Déchargeurs 75001 Paris.

Providence, du 3 avril au 12 mai 21h30, et Still Life, du 10 avril au 19 mai 19h30.

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