La Magie lente, texte de Denis Lachaud (Editions Actes-Sud), mise en scène de Pierre Notte

 

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La Magie lente, texte de Denis Lachaud (Editions Actes-Sud), mise en scène de Pierre Notte

 « La psychanalyse est une magie lente », telle est la phrase de Freud qui a inspiré Denis Lachaud pour le titre de sa pièce La Magie lente, mise en scène par Pierre Notte. Aussi voit-on se dérouler sur scène une cure psychanalytique, des relations saisies entre norme sociale et psychiatrie via l’exploration des fantasmes d’un être.

Un acteur – Benoit Giros – endosse les rôles de personnages différents : le protagoniste Monsieur Louvier, patient diagnostiqué comme souffrant de schizophrénie, avec le traitement afférent durant dix ans, par un premier psychiatre.

Monsieur Kémener, qui fait sa communication dans un colloque – sur le plateau face au public de médecins que sont les spectateurs -, représente le second praticien de Monsieur Louvier, qui détecte plutôt une bipolarité et une homosexualité latente.

L’erreur de diagnostic est relativement fréquente en matière de psychose.

Benoit Giros incarne successivement Monsieur Louvier le patient, Monsieur Kémener le médecin, et raconte le comportement d’un garçonnet, le même Louvier qui a huit ans. Des jeux de lumière, des avancées de l’acteur près du public, ou bien la posture assise sur une chaise, l’acteur se sert des verres d’eau sur le chemin de l’élucidation.

Monsieur Kémener aide son patient à retrouver le scénario éloquent de son enfance, ses oublis et trous noirs de mémoire transfigurés avec éclat en réminiscences. En racontant sa tragédie passée – un oncle qui viole l’enfant qu’il était -, un traumatisme qui l’empêche de vivre pleinement, il renoue peu à peu avec lui-même et sa vérité.

Les agressions sexuelles sur les adultes, et sur les enfants encore plus – violences physiques, violences psychiques et pressions psychologiques – travaillent contre eux à un destin qui leur est imposé – dévalorisation des sentiments et de l’érotisme.

Les enfants – leur fragilité naturelle dont l’émancipation progressive n’est pas encore acquise – n’ont pour repère que la loi parentale des adultes ;  les parents n’ont rien deviné.

Ces pratiques sexuelles – indignité et cruauté – sur des enfants  sont objets de haine.

La culpabilité où la victime s’enferme ne peut disparaître aisément, si ce n’est que la dénonciation fait basculer l’assurance du violeur, mâle primitif et dangereux pervers.

Le viol s’inscrit parmi les pratiques de violence qui établissent un rapport d’inégalité et de domination entretenu par le sadisme et la volonté sourde d’humilier.

L’évolution significative du mot pédophile – l’assassin violeur d’enfant – marque une réprobation unanime et une volonté répressive, accrues par les faits divers atroces.

Après la catastrophe, la monstruosité et le ratage d’une vie entamée – termes choisis par le metteur en scène Pierre Notte -, l’exploration théâtrale de ces blessures d’un homme mène sur le chemin lumineux d’une réparation et réconciliation existentielles.

Un témoignage poignant, des révélations inavouables et crues, des mises au jour auxquelles nul n’est préparé mais qui sont nécessaires tant l’être est parfois bestial.

Véronique Hotte

Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple 75011, du 4 au 15 avril, du mercredi au samedi à 19h15, dimanche à 15H. Tél : 01 48 06 72 34

Festival Avignon Off, Théâtre Artéphile, du 6 au 28 juillet à 11h.

Théâtre La Reine Blanche, du 9 novembre au 23 décembre.

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