B. Traven, texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

Crédit photo : C. Gaelic

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B. Traven, texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

 Tel un puzzle, un kaléidoscope, un palimpseste, B. Traven, le spectacle de Frédéric Sonntag et de la compagnie AsaNIsiMAsa, le dernier volet d’une Trilogie Fantôme initiée avec Georges Kaplan (2013) et Benjamin Walter (2015) – roman d’aventure et polar-, explore ainsi l’histoire du XX é siècle et les mythologies de la culture pop.

Le romancier B.Traven, l’auteur du célèbre Trésor de la Sierra Madre, inspirateur du film de John Huston, a répandu des rumeurs sur son passé jusqu’à sa mort en 1969.

Le metteur en scène se penche à présent sur cet écrivain énigmatique de langue allemande, un personnage fantôme devenu un objet d’enquête sur l’identité « réelle » qui se cache derrière son nom, entre fiction et réalité, de 1914 à 2014.

Des destins se croisent sur plusieurs générations et continents, posant la question brûlante de la transmission des récits à travers l’Histoire, celle des héritages politiques et idéologiques, celle de la circulation des mythes et celle « des luttes oubliées par l’Histoire officielle, et de la problématique de B.Traven : l’identité comme lieu de résistance à la machine sécuritaire et médiatique », précise Frédéric Sonntag.

Europe en guerre en 1914, Etats-Unis d’Amérique et Mexique en révolution, telles sont les origines et les destinations des personnages à la croisée du destin du héros.

Fin 1916, Arthur Cravan, poète et boxeur, part pour la gloire aux Etats-Unis en affrontant le premier champion du monde noir de boxe. Le poète sportif est sur le bateau avec Léon Trotsky, expulsé d’Europe : ils seront figurants de cinéma..

En 1950, Dalton Trumbo, scénariste renommé – auteur et réalisateur, par exemple, de Johnny Got His Gun (1971) -, inscrit sur la liste noire d’Hollywood, s’exile au Mexique, écrivant ses scénarii sous des noms d’emprunt, virant peu à peu à la folie.

En 1977, une journaliste californienne glamour et son caméraman débridé partent à Mexico pour une biographie sur l’écrivain culte mystérieux B. Traven, mort en 1970.

En 1994, en France, un jeune homme romantique s’installe dans un squat parisien – un vieux cinéma abandonné -, dans l’attente de pouvoir se rendre aux Chiapas, Etat du sud du Mexique, à la frontière du Guatemala, pour rejoindre la lutte armée au côté des guérilleros du sous-commandant Marcos. Mais l’amour le rattrape …

En 2014, un réalisateur élabore un documentaire sur l’histoire d’un squat d’artistes parisien en 1990, il tente d’en retrouver les différentes figures. Le public les retrouve sur l’écran, évoquant l’aventure passée alors que celle-ci se poursuit sur le plateau.

Soit pour le public, via la scénographie de Marc Lainé, un maelström d’images, de situations, de scènes qui se succèdent dans un rythme de courants marins profonds.

Le vieux cinéma avec ses fauteuils récupérés, le studio de radio avec son animateur charismatique d’aujourd’hui, les images à l’écran de la Grande Guerre et de la Révolution russe …-, les spartakistes et Rosa Luxemburg, les traversées en mer des immigrations du temps, la grande ville contemporaine de Mexico, et sur le plateau surélevé d’un second plateau – théâtre dans le théâtre – la vie d’un scénariste au Mexique, ambiance tropicale et palmiers aux feuilles envahissantes de belle verdure reluisante aux couleurs d’Hollywood.

Un mélange d’images d’archives en noir et blanc, de scénario de fiction, et de situations jouées sur le plateau – spectacle vivant et agrémenté de cinéma. Extraits de films, Viva Zapata ! (1952) d’Elia Kazan et Spartakus (1960) de Stanley Kubrick.

Film d’espionnage, ambiance Hollywood, critique d’un capitalisme désenchanteur, l’enquête labyrinthique se poursuit tambour battant, dans la rage d’en découdre – gourmandise prometteuse -, de la part de jeunes gens habités par leur époque et qui tentent en vain de la mettre à distance pour mieux la comprendre et se comprendre.

Musiciens live et comédiens sont à leur place dans cette aventure scénique travaillée avec brio et exposée avec panache, livrée dans l’enthousiasme d’un état proche de l’ivresse et la sensation fraîche d’être là où ça se passe et « où ça le fait ».

Un tournis scénique qui vire au partage consenti par le public enchanté de la salle.

Véronique Hotte

Nouveau Théâtre de Montreuil –CDN, Salle Maria Casarès, 63 rue Victor Hugo. Du 20 mars au 14 avril à 20h, le samedi à 19h, relâche dimanche. Tél : 01 48 70 48 90  Le Grand R -Scène nationale de la Roche-sur-Yon, les 19 et 20 avril

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