Les Bijoux de pacotille, texte (Editions Arléa) et interprétation Céline Milliat Baumgartner, mise en scène Pauline Bureau

Crédit photo : Pierre Grosbois

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Les Bijoux de pacotille, texte (Editions Arléa) et interprétation Céline Milliat Baumgartner, mise en scène Pauline Bureau

 Le 19 juin 1985, à 3h30 du matin, une voiture sort de la route à l’entrée du tunnel de St-Germain-en-Laye – et prend feu sur le bas-côté. Les pompiers trouvent dans l’habitacle deux corps carbonisés, enlacés, un homme et une femme…

Deux bracelets, une boucle d’oreille, du métal noirci, tels sont les restes maternels de l’accident fatal qui emporta dans un incendie la voiture parentale de l’auteure et comédienne Céline Milliat Baumgartner, interprète de ces Bijoux de pacotille.

La fillette de neuf ans, son petit frère plus jeune encore, tous deux sont gardés, ce mardi soir, par un baby-sitter encore présent le mercredi matin. Sonne enfin le téléphone dans l’appartement de Saint-Germain-en-Laye, le grand-père informe l’adulte de l’horreur fulgurante d’une réalité nouvelle – la perte des deux parents.

Céline est invitée le mercredi après-midi à l’anniversaire d’une amie : elle se souvient n’avoir pas compris, sur le coup, pourquoi la mère de celle-ci pleurait tant.

Les orphelins ne sauront rien de ce désastre existentiel dans l’immédiat, pris en charge par la famille précautionneuse, élevés plus tard par une de leurs tantes.

Peu à peu, ils accèdent à la dure réalité insoutenable puis, avec le temps, tenable.

Mue par l’écriture, Céline Milliat Baumgartner explore, trente ans après l’accident, sa mémoire presque intacte mais dévastée de trous noirs et d’espaces vides, entre les objets et photos qu’elle possède, pour dresser le portrait de ses parents disparus.

Père absent par son travail, mère actrice, ainsi aux côtés de Gérard Depardieu dans La Femme d’à côté de François Truffaut, et Céline est embrassée par l’acteur génial.

La fillette fait de la danse classique dix ans, puis devient comédienne.

Une boîte de carton kraft fermée, quelques livres, une paire de pointes, presque rien.

La mise en scène de Pauline Bureau est claire, simple et efficace, donnant à voir au public une jeune femme dont la mise ressemblerait à celle d’une enfant, petite robe bleue d’été et bottines qui se déplacent seules, quand assise par terre, elle les retire.

La vie va de l’avant, les chaussures enfantines – métaphore de Céline – avancent seules. Quand elle lit les quelques papiers officiels qu’elle a su conserver et retire de sa poche, l’un d’eux se rétracte et s’enflamme par magie, comme dans les contes.

Tout n’est que poussière et fumée, cueillons le jour qui passe via une émotion tenue.

Un grand miroir posé de biais dédouble la silhouette scénique et projette de face la photo du père vue d’abord de dos par le public car tournée vers le visage enfantin. Images d’un ciel bleu nuageux ou bribes d’un film ancien de vacances d’été à la mer.

Céline Milliat Baumgartner fait le récit de sa jeune et pleine vie avec tact et distance, pudeur et sourire, une sincérité assumée au plus près de sa vérité propre, à force de patience et de recul dans la confrontation à une douleur subie, dès le plus jeune âge.

A la fois observatrice et sujet sensible d’une expérience intérieure singulière, la narratrice raisonnante est capable de commenter ce qu’on n’explicite ni ne dit jamais, appréciant avec mesure ce qui lui est pourtant arrivé dans la perspective du vertige.

Symptômes incontrôlés, les pleurs envahissent la jeune femme à certains moments. Or, créatrice d’un destin, sculptrice de ses jours, elle rattrape sa belle existence.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008, du 6 au 31 mars.

Théâtre de Chelles, le vendredi 6 avril 2018 à 20H30

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