Orestie, Opéra Hip Hop, texte D’de Kabal d’après Eschyle, dramaturgie Emanuela Pace, mise en scène de Arnaud Churin et D’ de Kabal

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Orestie, Opéra Hip Hop, texte D’de Kabal d’après Eschyle, dramaturgie Emanuela Pace, mise en scène de Arnaud Churin et D’ de Kabal

 D’ de Kabal est chercheur, expérimentateur de croisements entre les disciplines, rappeur, auteur et diseur, comédien encore. Il fonde en 2005 sa compagnie R.I.P.O.S.T.E., implantée à Bobigny en Seine-Saint-Denis ; il multiplie les projets au croisement de disciplines différentes – la musique, le slam, l’écriture et le théâtre.

La culture hip-hop dans ses bagages, D’ de Kabal crée avec Arnaud Churin un spectacle d’ampleur, Orestie, Opéra Hip Hop, à partir de l’un des plus anciens mythes antiques grecs dont l’actualité est manifeste, forte de questions brûlantes sur la place du conflit dans la société et sur la naissance d’une justice démocratique.

Poésie populaire, voix alternative, antisociale ou politique, le hip hop symbolise les forces de perturbation et de subversion, telle la tragédie grecque en son temps.

Si les pièces Agamemnon et les Choéphores sont adaptées par D’de Kabal, Les Euménides sont réécrites. Cette histoire de vengeance, de malédiction et de jugement témoigne en effet des mêmes interrogations dont le rap est porteur avec pour dénouement la possibilité d’une communauté « harmonieuse » égale pour tous.

Auteur, D’ de Kabal n’a pas voulu « moderniser » la langue, ni la « vulgariser », mais, avec ses outils spécifiques, il a inventé une sorte de « rap en prose, un texte pour la bouche » qui met au jour une torsion nouvelle des images attendues et la recherche des sonorités encore à l’intérieur du parti pris de la musique pour un orchestre vocal.

Comme la tragédie antique est aussi fondée sur la scansion, la gestuelle, la parole adressée, la résonance d’un spectacle total s’est établie entre l’opéra, la tragédie et le hip-hop, ce dernier réinventant la relation à l’adresse et à la parole publique.

De même, la connexion avec le sacré a lieu, telle une transe vécue à vingt dans un sentiment d’appartenance à l’humanité – « faire corps » pour raconter cette histoire.

Un chœur vocal sans machine ni instrument où le chœur écoute le chœur et vibre.

Dans cet opéra, la partition n’est pas jouée par des musiciens mais avec des corps – une œuvre corporelle chorégraphiée écrite, la musique et le théâtre étant liés. Les interprètes de disciplines différentes recréent leur propre langage, et la musique est composée à partir d’enregistrements, de recherches, de travaux en groupes.

La troisième partie donne le jour à la question de la responsabilité individuelle, une question contemporaine. Si on veut construire une justice des hommes, il faut rendre ceux-ci responsables de leurs actes, et les dieux dès lors n’ont plus leur place.

La justice est interrogée. Est-elle impartiale ? Est-elle du côté du peuple ? Les actes sont-ils jugés pour eux-mêmes ? Est-on davantage protégé en étant mieux né ?

Cette forme de théâtre-là est issue de l’idée du groupe, et dès la question posée, elle donne déjà sa réponse. La justice vient du vivre-ensemble, aussi différent soit-on.

Le dénouement affirme que sans égalité la justice n’est pas. La femme Clytemnestre a perdu la vie : Oreste est coupable, il a tué, mais il est acquitté. L’institution de la justice n’échappe pas aux erreurs, chacun exigeant la justice mais pas l’égalité.

La troupe chorale ainsi rassemblée est mise en valeur à travers la scénographie citoyenne de Philippe Marioge, une volée de marches d’escaliers face public – sorte de forum surélevé de la cité, façon Grande Bibliothèque nationale de France.

Micro en main, capuche sur la tête, bras et mains qui scandent le rythme musical, les acteurs montent et descendent, se rassemblent ou bien s’isolent – des mouvements scénographiques d’ampleur qui témoignent de l’activité fébrile d’une cité vivante.

Parmi la pléiade de comédiens convoqués sur la scène, se détache Murielle Colvez, tragédienne – humour et distance – qui joue Clytemnestre. A ses côtés encore, Arnaud Churin et D’ de Kabal, et les autres acteurs que nous ne pouvons citer tous.

Véronique Hotte

MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis Bobigny, du 7 au 13 mars. L’Avant-Seine, Théâtre de Colombes, le 22 mars à 19H30. Pôle Culturel d’Alfortville à Alfortville, le 30 mars à 20h30.

 

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