La Fusillade sur une plage d’Allemagne de Simon Diard (Ed. Tapuscrit/Théâtre Ouvert), mise en scène et scénographie de Marc Lainé –

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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La Fusillade sur une plage d’Allemagne de Simon Diard (Ed. Tapuscrit/Théâtre Ouvert), mise en scène et scénographie de Marc Lainé – création à Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies contemporaines

 Quand le public pénètre la salle de théâtre, le plateau habité saisit d’emblée l’attention : une scène figée happe le regard – les personnages – des jeunes gens et un homme mature – sont arrêtés en pleine action ; ils ont creusé une fosse dans la terre herbeuse ; et des feuillages sur écran font mouvoir leurs branches célestes.

Après l’installation des spectateurs sur leur siège, la sculpture collective et stable que les personnages immobiles et silencieux dessinaient se met à bouger et à parler.

L’homme adulte est dans la fosse et semble s’en prendre à quelque chose ou quelqu’un qui gît là tandis que les autres le regardent et commentent la situation.

L’homme frappe fort ce que l’on pourrait concevoir comme une victime non visible qui d’abord a été bourreau. Et de fil en aiguille, les malheurs transmettent leur fatalité.

Pour le metteur en scène Marc Lainé, la pièce de Simon Diard qu’il crée à Théâtre Ouvert est un objet littéraire rare, un labyrinthe d’histoires à traverser, un joli piège.

Cinq figures font s’entrecroiser une série de récits dont le fil conducteur est la violence – situations de guerre, d’attentat, de massacre gratuit et de disparition.

Se dessine peu à peu l’histoire récurrente d’un adolescent tueur de masse qui commettrait un massacre sur une plage. La résurgence de cette image se retrouve dans la seconde partie de la pièce où, au milieu de la forêt, une fosse béante dont le creux n’est pas visible pourrait recevoir le corps inanimé du même tueur de masse.

« La tranquillité effrayante d’une forêt au milieu de nulle part. De l’été – … C’est peut-être ce qui cadre le moins : mourir en plein soleil, se faire tuer au beau milieu de l’été, alors que ceux de son âge prennent d’assaut les plongeoirs des piscines à ciel ouvert pour exécuter des séries de sauts de l’ange terriblement précis. »

La question est posée au spectateur : quelle image de la violence portons-nous ?

Le poème dramatique Fusillade sur une plage d’Allemagne invite à un examen de conscience, à une exploration intime de ce que nous ressentons face à l’agression.

Sont convoquées les images contemporaines et chaotiques des terroristes du temps, mêlés à des personnages de jeu vidéo – shoot’em -, des adolescents en mal de tuerie. Les visions qui émanent sont indécidables, improbables mais « vraies ».

Extérieures, elles sont projetées mais elles sont inscrites « moralement » en chacun qui, avec la prose poétique de la pièce, invente son propre scénario et son roman.

Les protagonistes – les narrateurs – racontent les images de catastrophe d’un enfant qui plonge d’un canot dans les eaux profondes marines et qu’on ne revoit plus ; son frère resté ne comprend pas et le perd pour toujours, hors de son champ de vision.

Impuissante, inefficace, se pose la question de la survie et de l’appel à l’aide.

« Sur le point de réaliser qu’il s’est risqué trop loin de la côte. Qu’il n’aura pas la force de nager jusqu’au sable…Où qu’il regarde, le scintillement envahit l’espace, comme une prémonition, déferle sur tous les points de l’horizon, frôlant les eaux, l’homme suit des yeux la progression de la lumière sur le point de comprendre, encerclé, qu’elle fond tranquillement sur lui, comme une préscience foudroyante – le soleil dans les yeux qu’il fixera jusqu’à ce que tout devienne noir. »

Le père filme la plage et les estivants, submergé par la lumière du soleil aveuglante. La vision d’horreur répétitive crée encore un effroi absolu quand le père s’imagine tuer sa femme et ses deux enfants avant de retourner l’arme contre lui.

Un puzzle à composer, un paysage à peindre, une atmosphère à inventer, le scénario est le fruit du regard et de l’écoute de chacun, attiré par le canot gonflable vide autant que par la lumière aveuglante des coups de feu stridents qui éclatent.

Un pari surprenant, tenu avec rigueur grâce au bel engagement des comédiens entièrement dévolus à leur vision de cauchemar qu’ils voudraient pouvoir contrôler, Ulysse Bosshard, Cécile Fisera, Jonathan Genet, Mathieu Genet et Olivier Werner.

Véronique Hotte

Théâtre ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines, 4 bis cité Véron 75018 – Paris, du 19 janvier au 10 février 2018. Tél : 01 42 55 74 40

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