Don Karlos d’après Friedrich Schiller, mis en scène par Caherine Umbdenstock, artiste associée au Centre Dramatique National La Commune Aubervilliers

 01-don-karlos

Don Karlos d’après Friedrich Schiller, mis en scène par Caherine Umbdenstock, artiste associée au Centre Dramatique National La Commune Aubervilliers

Don Karlos est la quatrième pièce du dramaturge allemand Friedrich Schiller (1759-1805), auteur de pièces célèbres – entre autres – Brigands et Intrigue et Amour.

Ecrit entre 1783 et 1787, le drame de Don Carlos jette Schiller dans des dispositions d’esprit plus lyriques que dramatiques. « Au milieu de cet air frais du matin, écrivait-il à un de ses amis, je pense à vous et à mon Don Carlos. Mon âme contemple la nature dans un miroir brillant et sans nuages, et il me semble que mes pensées sont vraies. » » (X. Marnier, traducteur de l’œuvre de Schiller en 1848)

Don Carlos est d’abord conçu tel « un drame de famille dans une maison princière » dont le protagoniste est le fils de Philippe II, l’Infant d’Espagne au titre éponyme.

Le premier acte est écrit en prose avant que Schiller ne reprenne la pièce en vers, accentuant la présence du marquis de Posa, un combattant idéaliste et libertaire.

Ainsi, brillent dans cette pièce politique deux figures de héros dans un déchirement entre l’aspiration au bonheur privé et l’engagement désiré pour une noble cause.

L’histoire se noue à la cour d’Espagne, d’abord à Aranjuez en 1568 – lieu de villégiature -, au moment où Carlos se confie à son ami d’enfance Posa, de retour des Pays-Bas en révolte. L’infant lui apprend son amour réciproque pour sa belle-mère, Elisabeth de Valois, que lui a ravi sans ambages son propre père Philippe II.

La cour est de retour à Madrid, Carlos demande à son père de diriger l’armée des Flandres : or, c’est le duc d’Albe, répressif et violent, qui gagne la confiance royale. Et l’infant reçoit une lettre qu’il croit de la reine aimée : elle provient d’une dame de compagnie, la princesse Eboli, qu’il éconduit, ce dont la dame se vengera, aidée du duc d’Albe et de Domingo, confesseur du roi, qui redoutent tous deux l’héritier royal.

Au fait de ces intrigues pourtant, le monarque prend pour conseiller Posa qui lui intime de « mettre fin aux massacres dans le Brabant » et d’« accorder à ses sujets la liberté de penser »( Jean-Louis-Besson) : chose impossible pour le roi qui conseille à Posa de fuir son inquisition, en le chargeant d’élucider l’amour de la reine.

Posa en profite pour rallier Carlos à la cause des Pays-Bas, jouant de l’art de la machination entre fidélité royale et amitié pour l’infant. Il est finalement tué, croyant libérer son ami qui est remis au grand inquisiteur, le détenteur du pouvoir madrilène.

« La poésie n’est autre chose qu’une amitié enthousiaste ou un amour platonique pour une créature de notre imagination. Un grand poète doit être au moins capable d’éprouver une grande amitié. Nous devons être les amis de nos héros, car nous devons trembler, agir, pleurer et nous désespérer avec eux. Ainsi je porte Carlos dans mon rêve, j’erre avec lui à travers la contrée. Il a l’âme de l’Hamlet de Shakespeare, le sang et les nerfs de Jules de Leisewitz, la vie et l’impulsion de moi. » (X. Marnier, traducteur de l’œuvre de Schiller en 1848)

A la fois, claire et efficace, ludique et satirique, sombre et grave, enfantine et grotesque, se présente la mise en scène colorée de la condamnation de l’absolutisme dans Don Karlos, par la metteuse en scène Catherine Umbdenstock.

Afin que tout despotisme expire, l’élucidation théâtrale initiale passe par l’exposition des personnages en rang latéral face au public, un ordonnancement de figures de b.d. baroques et loufoques dans leur tenue, alors qu’un rideau de plastique blanc cassé, bâche médiocre, réceptacle ultérieur du sang versé, se tient derrière eux.

Quand le rideau s’ouvre, apparaît une table de conseil et ses chaises – un silence de cabinet de travail protégé par des portes de palais aux lambris gris. A jardin, une estrade comme une petite scène de théâtre dans le théâtre, un espace féminin.

Nathalie Bourg incarne le prêtre Domingo, fourbe et intéressé – tenue féminine de bureau – ; Charlotte Krenz en Princesse d’Eboli pourrait rappeler la dégaine déjantée d’Olive, femme de Popeye. Claire Rappin en Elisabeth de Valois, reine d’Espagne sourit gracieusement, même si l’inquiétude et l’angoisse traversent son regard.

Clément Clavel joue le Duc d’Alba, chef des armées, un bellâtre ambitieux.

Adrien Serre, à la fois courtisane, page ou Grand inquisiteur, s’amuse comme un fou.

Philippe II, Roi d’Espagne, qu’interprète avec panache et brio Christophe Brault – bel entêtement et posture supérieure – traduit précisément cette volonté de comprendre qui est annihilée par le despote lui-même, incapable de se remettre en question.

Le roi n’évoque nulle dimension comique ou ironique : il reste l’absolutiste actif.

Karlos et Posa magnifient les deux figures éclairées du drame, l’incarnation approximative de l’idéal des Lumières. Le premier, prince héritier, est porté par Lucas Partenski, héros romantique et soucieux, à la manière de Hamlet. Le second, chevalier et marquis, est assumé par Chloé Catrin, chaperon rouge à la tenue sexy.

Contre tous les despotismes, la sagesse des générations suivantes est requise, et le spectacle réussi correspond à la compréhension amusée de l’enfermement politique.

Véronique Hotte

La Commune- centre dramatique national d’Aubervilliers, du 9 au 22 décembre. Tél : 01 48 33 16 16

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s