L’Avenir dure longtemps, d’après L’Avenir dure longtemps de Louis Althusser, adaptation et mise en scène de Michel Bernard

Crédit photo : Rudy Lamboray

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L’Avenir dure longtemps, d’après L’Avenir dure longtemps de Louis Althusser, adaptation et mise en scène de Michel Bernard

 L’Avenir dure longtemps, titre du spectacle de Michel Bernard qu’interprète l’excellent comédien Angelo Bison, s’annonce énigmatique, soit le titre encore de l’autobiographie posthume (1992) du marxiste Louis Althusser (1918-1990).

Professeur à l’Ecole normale supérieure de Paris, le philosophe structuraliste, belle aura significative des débats philosophiques des seventies, icône exemplaire pour les intellos, est depuis longtemps victime de troubles psychiatriques et on le soigne.

Althusser étrangle son épouse Hélène Rytman, le dimanche matin du 16 novembre 1980 dans les locaux de Normale Sup’ où il avait élu apparemment domicile à vie. Ce qui le blesse, c’est qu’on ait pu vider son appartement sans son consentement.

Stupéfaction des milieux intellectuels – collègues, enseignants, étudiants – face à ce « grand esprit » du temps qui s’égare à jamais, et consternation face à la réalité.

La figure de la « French Theory » a influencé Derrida, Levi-Strauss, Deleuze, Foucault, Lacan, Bourdieu ; une exploration réactualisée hors du déclin marxiste.

Althusser, déclaré irresponsable au moment des faits, pour démence, est soigné à Sainte-Anne, au Pavillon Esquirol, évitant une condamnation par un non-lieu.

Le maniaco-dépressif se souviendra d’ailleurs des électrochocs infligés par une figure effrayante virile, nommée Staline, du fait du port de la moustache du soignant.

Deux années d’internement dont l’issue correspond à une prise de parole autonome : le criminel « involontaire » ou « absent à lui-même » veut assumer sa responsabilité.

L’irresponsabilité légale blesse le maître profondément, d’un point de vue moral : le « fou » veut pouvoir se défendre publiquement, rendre rationnel son geste – un geste criminel non raisonné qui ne saurait recevoir la moindre tentative d’élucidation.

Le criminel voulait un procès qu’on lui a refusé, lui qui aimait tant discourir publiquement et convaincre son auditoire en le fascinant grâce à son intelligence.

La souffrance est extrême quand il s’analyse : “le destin de ce non-lieu est devenu la pierre tombale du silence alors que je suis vivant. Désormais, ni mort, ni vivant.”

Louis Althusser raconte sa vie de penseur, de manière magnifique – difficultés relationnelles affectives dès l’enfance, fragilité mentale, relation douloureuse avec la petite Hélène à qui, dès la première rencontre, il prend la main sous son manteau.

Immédiatement, les deux âmes inconnues se reconnaissent, lui est plus jeune de huit années et séducteur : “On vivait tous les deux dans la clôture de notre enfer.” 

Souvenirs des souffrances infligées à Hélène par inadvertance ou calcul : jeunes étudiantes séduites sous le nez de l’épouse, le coupable fait amende honorable.

La parole que porte Angelo Bison est fascinante : claire et articulée, aigue et ardente.

Assis sur un tabouret, un drap blanc déplié derrière son dos, et des écrans vidéo au lointain qui exposent des toits de Paris comme des barreaux de prison sous une tombée neigeuse, l’acteur instille les élans du cœur et de la pensée au public rivé.

Spectacle magnifique proche de l’envoûtement : comment échapper à soi-même ?

Véronique Hotte

Festival Avignon Off – Théâtre des Doms, du 6 au 26 juillet, à 10h30.

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