Saigon, textes Caroline Guiela Nguyen et l’ensemble de l’équipe artistique, mise en scène de Caroline Guiela Nguyen

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Saigon, textes Caroline Guiela Nguyen et l’ensemble de l’équipe artistique, mise en scène de Caroline Guiela Nguyen

 « Chacun de nous a besoin de la mémoire de l’autre parce qu’il n’y va pas d’une vertu de compassion ou de charité, mais d’une lucidité nouvelle dans un processus de la Relation. Et si nous voulons partager la beauté du monde, si nous voulons être solidaire de ces souffrances, nous devons apprendre à nous souvenir ensemble. » (Edouard Glissant, Poétique de la relation)

La compagnie des Hommes Approximatifs de Caroline Guiela Nguyen ne désire rien d’autre, dans l’accomplissement de la mise en scène de Saigon, que mettre en présence des comédiens venus d’horizons lointains pour livrer un récit en commun.

Marie-Antoinette, vietnamienne arrivée en France en 1954, tient un restaurant dans le XIII è arrondissement de Paris. On y parle vietnamien, on y chante des chansons d’amour au milieu des papiers peints à fleurs, des fleurs artificielles et des néons, à côté de l’autel des ancêtres, du Bouddha et des photos familiales de mariage.

Atmosphère délibérément kitch, conviviale, amicale, où l’on se sent bien ensemble.

La cuisinière au nom de monarque tenait déjà un restaurant à Saigon en Indochine, devenu à présent Ho Chi Minh-Ville, le lieu central et permanent du récit scénique.

Qu’on soit en France ou au Viet Nam, en 1956 ou en 1996, les personnages vivent le monde entre réel et fiction, le temps d’allers et retours provisoires ou durables que mène la danse de l’immigration pour le bonheur, à travers deux générations et plus.

Acquisition de la langue française d’un côté, avec la connaissance du vietnamien de l’autre, les barrières se lèvent entre les êtres qui se croisent, Vietnamiens ou Français qui ont dû partir – conséquences de la colonisation française au Vietnam.

Il faut attendre 1996 pour que les anciens Viet Kieu puissent revenir chez eux : l’histoire d’une famille et de ses amis – des proches générationnels – commence à cette date, et l’on fête cette possibilité nouvelle de pouvoir revenir un jour au pays.

Entretemps, se succèdent des scènes d’un passé mélancolique, empreintes de nostalgie et qui se donnent comme en miroir, selon les anciens colons et colonisés.

A côté de l’Histoire qui mêle intimement et violemment la France et le Vietnam, se nouent des romances, des liaisons d’amour et d’amitié qui tournent mal – peines et douleurs – entre jeunes gens qui doivent quitter le pays anciennement colonisé – soldats français et fonctionnaires – pour rentrer en France, emmenant avec eux telle jeune vietnamienne dont on est tombé amoureux, à moins que ce ne soit un fiancé vietnamien qui s’enfuie avec les Français pour connaître une vie meilleure ailleurs.

Linh et le soldat Edouard à Saigon, ou Mai et Hao, puis Antoine – fils d’Edouard et de Linh à Paris, enfin la tenancière Marie-Antoinette à Paris encore et son fils absent, disparu pendant l’Occupation dans une usine bombardée de Bergerac.

Souffrance morale de la séparation d’un pays et des siens, à laquelle se mêle le désir de goûter à une autre vie, apprendre une autre langue et faire des rencontres.

Et transmettre son histoire à ses enfants et petits-enfants, la tâche est noble et belle.

La cuisine vietnamienne est le lieu d’instants de partage réel, chansons Karaoké, ballons blancs de mariage, plats de fête préparés, la vie va : il ne manque au tableau festif – entre cris de joie ou bien de tristesse – l’odeur rassurante des plats épicés.

Mais le spectacle malicieux sait diffuser la saveur odoriférante d’émotions profondes.

Véronique Hotte

Festival In, Gymnase du Lycée Aubanel, les 8,9, 10, 12, 13 et 14 juillet à 17H

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