L’Imparfait, texte (Heyoka Jeunesse, Actes Sud Papiers) et mise en scène d’Olivier Balazuc – dès 8 ans

L’Imparfait, texte (Heyoka Jeunesse, Actes Sud Papiers) et mise en scène d’Olivier Balazuc – dès 8 ans.

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Victor est un enfant qui d’abord se pense roi dans L’Imparfait, la pièce d’Olivier Balazuc que l’auteur crée à la Chapelle des Pénitents blancs au Festival d’Avignon, avant sa reprise dans le cadre de la 11 è édition du Festival jeune public « Odyssées en Yvelines » initié par le Centre Dramatique National du Théâtre de Sartrouville.

D’ailleurs, les régents Papa Ier et Maman Ière ne veulent-ils pas un enfant parfait ? Se laver les mains, colorier des figures sans jamais en dépasser les bords, et embrasser en petit garçon bien élevé, Marie-Rogère, la-meilleure-amie-de- Maman.

Le cocon familial, avide de réussite sociale pour son rejeton, s’est tissé royalement.

Le fils fait la leçon : « Parfait », c’est le mot préféré de Papamaman. Ils ne cessent de le répéter. Surtout maman. Lorsque tout est parfait, elle sourit, elle est contente. Du coup, Papa aussi. Et moi, je suis content qu’ils soient contents. C’est comme un jeu. Un jeu très facile puisque je connais d’avance toutes les bonnes réponses… »

Un tel enfant sans vie est sans défaut, sans reproche, duquel on n’a qu’à se louer.

Victor, selon le rêve parental, se présente comme bien, bon, irréprochable, réunissant toutes les qualités concevables dans les choses jugées excellentes.

Victor veut plaire à ses parents, leur être une source de plaisir ou être à leur goût :

« Quand on veut plaire dans le monde, il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de choses qu’on sait par des gens qui les ignorent.» (Chamfort, Maximes.)

L’art de charmer, satisfaire et contenter les proches consiste à ne pas sembler parler de soi, à faire comme si l’on parlait toujours d’eux-mêmes, répondant à leur attente.

Aimable et charmant, Victor a dessiné une maison avec une cheminée qui fume, un soleil au-dessus : Papamamanvictor et des cœurs autour ; il a colorié sans dépasser.

Le jeu peut se décliner à l’infini jusqu’à ce que l’inattendu enraye la machine bien rôdée, et que le garçon dépasse les traits admis et dessine sur une image parfaite et lisse – papier glacé de magazine féminin – un gros chien noir plein de poils. Horreur !

En effet, en désignant ce qui n’est qu’en voie d’accomplissement, l’imparfait fraie avec le non achevé, le non complet, l’ébauché, l’insuffisant, l’imprécis, l’approximatif, ce que l’on nomme encore le vivant – son piquant, sa saveur, son panache.

Le souvenir de Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac surgit sur la scène.

Rien ne sert de flatter ni de séduire les autres, il faut aussi vivre et se sentir exister.

Sans le savoir, instinctivement et par anticipation, Victor s’impose en résistant aux fausses valeurs, un visionnaire à la Rimbaud, « Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde », et revendique une autre vie, la « vraie »…

L’enfant ne dit-il pas : « En fait, je trouve que c’est parfait de ne pas être parfait. »

Pourquoi ne pas dépasser les lignes, ni faire de taches, s’empresser de les effacer ?

La vie exige, en échange, de se mouvoir, de s’étendre et de déborder les traits, de se ployer, de courir, de bondir, de voler, de nager, de hurler, de parler et de chanter.

Qu’on fasse appel à un robot exemplaire, Victor II, de JeanMichel – corporate inc., rien n’y fait, ni le logiciel informaticien, ni le vide existentiel d’un robot écervelé.

La jolie maison témoin pour enfant non dissipé, assisté de son clone idéal, relève de la scénographie de Bruno de Lavenère, particulièrement judicieuse, nette et précise dans son dessin, coupée au cordeau, avec écran central lumineux d’images ordi.

Couleurs pastel et fluo, mobilier design et neuf sans la moindre poussière égarée. Ne jure à côté de cette excellence de décor intérieur qu’un placard peu clinquant de la chambre où se réfugie le mélancolique et vrai Victor en quête d’existence ressentie.

Scènes de vie, dialogues et faux échanges, des combats s’improvisent entre les deux Victor ; le souffle et l’énergie qui habitent nos deux jeunes gens sont fascinants.

Sous les lumières de Laurent Castaingt, les interprètes de L’Imparfait sont presque parfaits, Cyril Anrep, Laurent Joly, Thomas jubert, Valérie Keruzoré, Martin Sève, s’amusant à incarner la belle question shakespearienne « To be or no To be… »

Ils sont au théâtre pleinement eux-mêmes, jouant à séduire un public bien acquis.

Véronique Hotte

Festival In Avignon 2017, Chapelle des Pénitents blancs, du 22 au 26 juillet, à 11h et à 15h (relâche lundi 24 juillet).

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