Les oiseaux meurent facilement dans cette chambre, d’après L’Arbre des Tropiques de Yukio Mishima par le collectif Le Grand Cerf bleu

 

image-362

Les oiseaux meurent facilement dans cette chambre, d’après L’Arbre des Tropiques de Yukio Mishima par le collectif Le Grand Cerf bleu
Une jeune fille malade se confine dans sa chambre ; à ses côtés, se tient son frère. Tous deux sentent la mort imminente : érotisme et mort, jeunesse et beauté se conjuguent jusqu’à ce que s’ébranle la tragédie de forces archaïques insondables.

La fille vit une relation intime inavouable avec son frère tandis que ce dernier ne peut se déprendre de l’influence maternelle. Il semblerait que la mère désinvolte et égoïste veuille de son côté se débarrasser du père – une figure autoritaire – et que la fille encore pousse du coup le fils à en finir avec cette mère possiblement meurtrière.

Milieu étroit et étouffant, la famille est intuitivement vécue comme sensible et perverse. Objet de culte et de haine, elle provoque des passions dévastatrices :

« Famille, tu es le foyer de tous les vices de la société ; tu es la maison de retraite des femmes qui aiment leurs aises, le bagne du père de famille et l’enfer des enfants. » (Strindberg, Le Fils de la servante)

La société des hommes instaure un ordre qui diffère des relations sexuelles entre les dieux. La tragédie d’Œdipe révèle que l’inceste est une faute qui nie l’existence même des générations. Il brise l’ordre de la Cité et provoque le chaos : les Grecs voyaient dans ces erreurs la marque du désordre des civilisations barbares :

« Toute la race des Barbares est ainsi faite, / Le père y couche avec la fille, le fils avec la mère,/ la sœur avec le frère. Les plus proches aussi s’entretuent, / sans que nulle loi l’interdise. (Euripide, Andromaque)

 L’inceste – le désir incestueux caché, contraint ou consenti – représenté dans les mythes – littérature antique, classique et moderne -, est décrit telle une passion qui consume ses victimes et les conduit au retrait – couvent ou exil – et à la mort.

La mise en scène de Jean-Baptiste Tur qui propose une étape de travail se saisit de l’œuvre singulière de Mishima pour en déplier les pans archaïques et tragiques.

Les comédiens obéissent à la belle exigence des déplacements, gestes et mouvements précautionneux de l’esthétique Butô – une danse née au japon en 1960 – qui exprime les souffrances de la société, entre bouddhisme et croyances shintô.

Le jeu des acteurs est une performance fascinante s’accomplissant entre paroles, silence et obscurité, un art lent et aérien d’expression de la détresse qui tend les forces recelées physiquement et moralement par l’interprète de la passion interdite.

Heidi-Eva Clavier, la sœur malade, comédienne qui joue aussi la mère, est entourée de Guillaume Laloux, Gabriel Tur, Thomas Delperié – de belles présences scéniques qui incarnent avec tact les rôles, dansent lentement et jouent de la musique.

L’art tragique d’aimer en outrepassant les interdits trouve ici sa teneur véritable.

Véronique Hotte

La Loge, les 13, 14, 15 et 16 juin à 21H.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s