Medea d’après Euripide, texte et mise en scène de Simon Stone/artiste associé. Spectacle en néerlandais surtitré.

Crédit photo : Sanne Peper

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Medea d’après Euripide, texte et mise en scène de Simon Stone/artiste associé. Spectacle en néerlandais surtitré

Chef de troupe et adaptateur de classiques, Simon Stone s’est imposé en Europe. Le spectacle Medea, créé à Amsterdam par le jeune metteur en scène, à l’invitation d’Ivo van Hove, est d’abord conçu pour les comédiens du Toneelgroep Amsterdam.

Tragédie antique et fait divers contemporain se mêlent, entre magicienne mythique et femme active d’aujourd’hui, ou bien mère matricide et figure féminine humaine.

De même que le matériau d’Euripide était la reprise dans la Grèce antique d’une légende antérieure, de même Simon Stone s’empare du fait divers «  Deborah Green » – une mère américaine qui tua deux de ses trois enfants en mettant le feu à la maison familiale après avoir tenté préalablement d’empoisonner son mari.

L’événement – récit d’effroi des années 90 – suscite crainte et pitié, soit l’adaptation et le réajustement scéniques d’une tragédie mythique à une réalité quotidienne triviale.

Anna est chercheuse en pharmacie et estime « avoir fait » Lucas, amant et assistant laborieux dont elle travaillait à résoudre, à sa place, les problèmes jusqu’à ce que le disciple soit enfin reconnu et adoubé comme maître – le poste rêvé lui est attribué.

Or, Lucas, figure virile carriériste, en veut toujours plus en terme de reconnaissance ; il séduit la jeune Clara qui est la fille du patron du labo, soit d’une pierre deux coups.

Les deux fils, turbulents et malicieux, tablette et caméra à la main, s’amusent à filmer les facéties parentales, cherchant à leur éviter des ennuis quand bien même ils trouvent un malin plaisir récurrent à provoquer la jalousie de leur mère et belle-mère.

La scénographie de Bob Cousins et les lumières de Bernie van Velzen proposent un espace d’une blancheur immaculée – éblouissement qui met en relief objets et êtres.

Analysés à la loupe, ils se font rares, détachés ou bien éloignés les uns des autres.

Comme dans un laboratoire d’entomologiste, un blanc indifférent englobe les choses.

Anna et Lucas se parlent à distance, le second ayant été cherché la première à l’HP :

« On commence par aujourd’hui. Aujourd’hui tu me ramènes de l’hôpital, la famille est de nouveau réunie et tout va un peu mieux », dit Anna via Simon Stone.

Il faut à l’époux infidèle – générosité et altruisme de gala – réapprendre à son ex-épouse le goût de la vie et des autres. : « Je suis ici parce que je veille à ta situation, femme. Je ne veux pas que tu sois éloignée sans argent, toi et les enfants, ni que tu manques de quoi que ce soit… » (Euripide)

Les paroles plus ou moins banales ou explicites s’échangent entre l’ancien couple, dont l’un des deux enfants, en alternance, filme les visages, les regards et les mines. Douleurs et souffrances existentielles sont exposées sur la face féminine blessée.

Survivre encore pour continuer à voir ses enfants, la perspective maternelle est tendre, si ce n’est que la passion reprend sous son aile l’âme trop esseulée d’Anna :

« Tu t’abuses, Jason, je suis encor moi-même. Tout ce qu’en ta faveur fit mon amour extrême, Je le ferai par haine ; et je veux pour le moins …Que mon sanglant divorce, en meurtres, en carnage, S’égale aux premiers jours de notre mariage… » (Corneille)

La part d’humour, si humour il y a, repose sur la présence de l’assistante sociale et familiale auprès de la mère convalescente – présence vaine et inefficace, incapable de pénétrer les méandres de la conscience maternelle obscure. Et les enfants s’amusent à filmer des scènes impudiques parentales pour ajouter à la confusion.

Aventurière perverse, étrangère, différente, autre et exilée ou barbare, Médee s’oppose d’abord au pouvoir masculin et aux trahisons des uns et des autres ; elle seule entière est passionnée, sorcière et magicienne, vengeresse et infanticide.

Une cendre noire tombée des cintres comme une neige luciférienne tient lieu de pluie patiemment prégnante et sanglante qui recouvre de sa noirceur le paysage.

Le son de Stefan Gregory laisse sourdre et planer la montée palpable d’un danger.

Saluons tous les comédiens engagés sur la scène : Marieke Heebink dans le rôle-titre, Aus Greidanus Jr, David Kempers, David Roos, Bart Siegers, Gaite Jansen…

Véronique Hotte

Odéon – Théâtre de l’Europe, du 7 au 11 juin. Tél : 01 44 85 40 00

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