Cendrillon, une création théâtrale de Joël Pommerat, d’après le mythe de Cendrillon, mise en scène de Joël Pommerat – Pour tous à partir de 10 ans.

Crédit photo : Cici Olsson

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Cendrillon, une création théâtrale de Joël Pommerat, d’après le mythe de Cendrillon, mise en scène de Joël Pommerat – Pour tous à partir de 10 ans.

 La cendrillon si mal nommée, jeune fille qui assure les travaux pénibles d’une maison, désigne un emploi populaire par synecdoque du nom de l’héroïne du conte (1697) de Perrault, dans lequel Cendrillon resterait près de l’âtre, obligée à faire la cuisine.

Pour représenter cet esclavage de tous les temps, l’auteur et concepteur Joël Pommerat n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : il y est allé à fond – expression populaire – pour nettoyer, récurer et enlever le clinquant du conte trop conventionnel.

Ainsi, à sa vision du personnage de Cendrillon, répond celle d’une souillon qui s’est choisie en tant que telle – négligée, délaissée, solitaire et abandonnée de tous – puisque depuis la mort de sa mère malade, son père s’est trouvé une future femme.

Et quelle compagne ! Une caricature de belle-mère mauvaise et égoïste – Catherine Mestoussis s’amuse à jouer un monstre de méchanceté au féminin -, auprès d’un père veule – Alfredo Canavate -, malgré quelques signes timides d’affection donnée.

Les filles de la belle-mère correspondent à l’inélégance et la grossièreté maternelles.

Le mal vient de la mère défunte alors que la fille n’est qu’une enfant – situation exceptionnelle de douleur et d’iniquité pour tout enfant à l’éveil de sa vie. La vivante se rend coupable de traverser le temps alors que la mère est rattrapée par la mort.

La Très Jeune Fille décidée est déterminée à porter une croix qu’elle croit mériter.

Elle s’est donné l’obligation de penser à la disparue pour qu’elle revive, une sonnerie horaire de montre au bras prouvant foi et fidélité au souvenir de la figure tant aimée.

L’enfant a mal interprété le désir de la mère sur son lit de mort qui ne lui demandait de penser à elle – beau sentiment affectueux – que quand le besoin s’en ressentirait.

L’erreur d’interprétation – quiproquo maladroit – a condamné la petite à l’expérience de l’enfer – apprentissage du Mal chez l’autre dépourvu d’humanité et de générosité.

La scénographie éloquente et la lumière efficace d’Eric Soyer opèrent leur magie – un dépaysement qui emporte public jeune et moins jeune dans l’imaginaire enfantin.

La matière vaporeuse du songe est presque palpable quand la vidéo de Renaud Rubiano, projetée sur les trois murs alentour de la boîte noire scénique posée sur le plateau de théâtre, donne à voir le passage mouvementé des nuages dans un firmament bleu tandis que le narrateur traduit l’histoire dans le langage des signes.

Voix de la narratrice à l’accent italien, beaux comédiens engagés dans l’aventure scénique, rien ne manque pour que s’accomplisse l’avènement radieux du mystère théâtral, alors même que les personnages du conte, si ce n’est Cendrillon et sa fée, incarnent la noirceur des êtres dans toute leur insignifiance et leur étroitesse d’esprit.

Cendrillon, appellation donnée précisément par ces gens de peu de dignité, révèle paradoxalement la vanité de ces derniers qui pensent modeler le monde à leur guise.

Ils ne sont que cendres : belle-mère acariâtre, belles-sœurs envieuses, père lâche, et comme le dit Bossuet, « (les hommes) vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l’on ne trouve plus ni Rois ni Princes ni Capitaines, ni tous ces augustes noms qui nous séparaient les uns des autres, mais la corruption et les vers, les cendres et la pourriture qui nous égaient. » (Oraison funèbre de Henri de Gornay)

Et l’on ne peut que sourire et même rire à l’arrivée nocturne du trio féminin infernal – belle-mère et ses méchantes filles – au bal princier, des courtisanes de pacotille royale, ridicules sous un accoutrement anachronique de déguisement suffisant.

Heureusement, Cendrillon, interprétée par la fougue mi-figue mi-raisin de Deborah Rouach, et son prince – Caroline Donnelly -, de même que la fée – Noémie Carcaud -, sont les passeurs qui font que de la cendre renaît toujours la beauté et l’humanité.`

Un conte revisité avec acuité, hors de toute complaisance et de tout conformisme.

Véronique Hotte

Théâtre de la Porte Saint-Martin, du 25 mai au 6 août 2017. Tél : 01 42 08 00 32

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