L’Enfant cachée dans l’encrier, texte et mise en scène de Joël Jouanneau (Nouvelle édition, illustration par Marion Kadi, Collection Heyoka-Jeunesse – Actes Sud-Papiers, mai 2017)

Crédit photo : Raphaël Arnaud

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L’Enfant cachée dans l’encrier, texte et mise en scène de Joël Jouanneau (Nouvelle édition, illustration par Marion Kadi, Collection Heyoka-Jeunesse – Actes Sud-Papiers, mai 2017) – Enfance et Jeunesse à partir de 7 ans.

« La vie est courte, mais l’ennui l’allonge », écrit Jules Renard (Journal, 1906).

Or, pour l’auteur et metteur en scène Joël Jouanneau, l’adulte se souvient, au-delà de l’ennui, de son enfance gravée – toutes les enfances -, et des grandes vacances étirées dans le château de son père à Pré-en-Pail – fantasme du portrait d’un amiral absent.

Dominique Richard, spectateur assis dans la salle, monte sur la scène quand débute le spectacle pour devenir narrateur, interprète et acteur de théâtre.

Il se souvient – boucles blondes enfantines, puis boucles grises, puis plus un cheveu.

Il se rappelle un jour la voix d’une petite sœur inconnue cachée dans un encrier qui lui demande de la délivrer. Il n’en faut pas plus pour le petit garçon pour qu’il prenne la mer et vogue seul, et avec son ami Ardoiseau qui s’est blessé à la patte, avant de reperdre encore ce compagnon de quête et plonger dans les profondeurs marines.

Sur son cahier d’écolier, il retranscrit les aventures fabuleuses de ce grand voyage.

Le narrateur lit son journal d’enfant, conte, imagine, invente et recrée la vie sur un radeau de fortune – d’immenses lattes de bois rappellent le parquet somptueux et effrayant du château paternel, avec le portrait du père, bandeau à l’œil et regard noir.

Quelle est cette sœur inattendue ? Des poupées enfantines égrènent le plateau, un pupitre de bois et sa petite lampe à jardin et un lit à barreaux renversé au lointain.

Le plateau est radeau, île déserte, banquise… ; un espace ludique avec jouets, figurine d’ours blanc, cartable d’écolier, encrier, plume, ardoise ou dictionnaire qui désigne la somnolence comme un demi-sommeil ou un demi-éveil. Un état privilégié par le garçon, récalcitrant d’abord à l’accusation du moindre endormissement

Nous ne verrons jamais la petite fille, mais nous entendrons sa voix de poupée, présence pleine d’une humanité poétique, beau rêve des êtres en mal d’existence.

Le temps suspendu, l’attente et l’ennui du frère Ellj, quand dort la soeur Annj…

Or, il ne s’agit pas d’une tristesse passive, l’invasion d’un sentiment mortifère chez ce personnage de conte, l’état proche d’un ennui incurable à la Chateaubriand, relevé par Sainte-Beuve, « mélancolique, sans cause, si souvent doux et enchanteur dans son expression, sauvage et desséchant au fond, et mortel au cœur…»

Une histoire propice aux premiers éveils enfantins à travers l’écoute d’une parole à la fois brute et éloquente – une langue étrange mais significative de toute construction existentielle, articulée sur des mots-signes qui jaillissent comme des évidences.

Une parole ré-enchantée par cet usage des verbes à « l’infinitif indéfini mais plus définitif » – un mode qui ferait finalement avancer le temps et rompre l’ennui.

« J’être si bien triste, seul dans la trop grande chambre, que j’avoir presque la larme dans les yeux, mais je la garder pour moi. » Et l’enfant actif va vivre son rêve.

Amusement et ennui, quête d’une expérience personnelle et légèreté d’être, conte et jeu, lecture des souvenirs passés et désir retrouvé de l’incarnation, l’adulte se plaît sans se lasser à être enfant encore, à rejouer sans fin les enjeux de l’imaginaire.

Les aventures intimes et collectives, oubliées et réactualisées à nouveau, restent infiniment présentes, saisies dans l’espace et le souffle d’un temps vivant retrouvé.

Une belle exigence de texte, de mise en scène et d’acteur, respectueuse de l’enfant.

Véronique Hotte

Théâtre de la Ville – Théâtre des Abbesses, du 29 mai au 2 juin. Tél : 01 42 74 22 77

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