Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port de Serge Valletti, adaptation de Patrice Verdeil (Editions L’Atalante), mise en scène d’Etienne Pommeret

Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port de Serge Valletti, adaptation de Patrice Verdeil (Editions L’Atalante), mise en scène d’Etienne Pommeret

w_EdeBoisEtienne-93

 « Alors un jour d’août, au soleil d’un bateau avec mon père, on a jeté ma grand-mère dans l’eau du vieux port. Juste à l’entrée, quand on vient de la mer, près de la digue, devant le phare, avec trois roses que j’avais achetées sous le clocher des Accoules.»

Près de l’église a vécu la grand-mère tant aimée. Le père, auteur de polars, écriture la nuit, cinéma le jour, demande au fils de l’aider à jeter l’urne funéraire dans la mer.

Pour la représentation de Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port par le metteur en scène Etienne Pommeret, gît éclairé, sur le plateau de théâtre, un joli amas d’accessoires rudimentaires, « tous les Cageots de la Canebière », expression radieuse et familière chère à Serge Valletti, auteur – théâtre et récits – et comédien.

Au lointain, deux écrans vidéo donnent à voir, en toute modération, tableaux, photos et images mémorielles. Et pour interprète habité, l’acteur adaptateur Patrice Verdeil.

Le récit autobiographique romancé porte la lumière solaire de Marseille et d’ailleurs.

« En fait cette histoire-là, c’est une histoire pleine de restaurants, on ne parle que de restaurants, on a toujours parlé dans ma famille, que de restaurants, je ne sais pas pourquoi. C’est plein d’histoires incroyables… » Saveurs, odeurs et parfums d’été.

Du boulevard d’Athènes jusqu’à la Place aux Huiles, les rues phocéennes vibrent de leur musique quotidienne et entêtante, irradiant l’espace d’un bel ensoleillement. Tel personnage de la famille tient un restaurant ou bien y est serveur, un emploi digne.

L’enfant a sept ans et se souvient de l’ambiance familiale inscrite dans le quartier.

Pour l’auteur et dramaturge futur, l’établissement culinaire s’impose ; l’avantage est d’y entrer, de s’asseoir, de commander, de manger, de boire, de payer et de sortir. « Le repas devient une sorte de parenthèse où le cerveau continue à réfléchir », écrit Valetti dans Tout est vécu (tentation d’entretien biographique avec Claude Guerre).

Or, enfant, l’être reçoit la vie d’une façon rude et immédiate – soubresauts bruts de décoffrage, sans le moindre garde-fou ni les réflexes de censure ou d’autocensure.

Des histoires incroyables certes mais qui imposent leurs lois déstabilisantes d’emblée. L’enfant observe les adultes – témoin malgré lui de situations inouïes, comme de contes d’enfance transmis qui n’en restent pas moins authentiques.

Des histoires extraordinaires comme celle de sa mère qui pesait neuf cent grammes à la naissance, que personne ne croit. Et pourtant le jumeau de la mère, l’oncle Armand, était bien plus fort, d’où le déséquilibre pondéral entre le frère et la sœur.

On ne racontera pas tous les événements ni la chronologie exacte des faits et souvenirs, mais le public ne peut que savourer ces paroles d’une tonalité à la fois méridionale et universelle. Est exposée avec talent et un art accompli de l’économie – sous-entendus, sourires implicites et émotions véritables qui affleurent – la vision colorée et sensible du monde et la conscience d’un esprit et d’un corps en éveil.

Adultes peu raisonnables et un peu égarés, côtoiement populaire d’un voisinage d’immeuble, croisements et rencontres inattendues dans les escaliers – jusqu’à l’évocation cocasse et saugrenue d’un appartement à Rome sur la place Saint-Pierre où l’on peut voir sur son palier le pape rendre visite en secret à sa sœur …-, portes de logements aux noms éloquents, celui de « Velasquez » fait rêver l’esthète en herbe.

Beaucoup de chaleur, d’attention et d’humanité échangée, et même si les grands jouent à la guerre et à la paix, « Cierge », comme l’appelle un petit voisin qui disparaît trop tôt, capte les moindres signes – des sensations étranges et nouvelles.

« Ma grand-mère m’a raconté qu’ils s’étaient séparés. Elle et mon grand-père qui était né à Rome et que là-bas il avait une famille et que même il avait une grand-mère comtesse et qu’il avait des frères qui étaient généraux dans l’armée italienne ».

Avec en plus, des secrets et des mystères – des choses indicibles – que le petit-fils découvre par hasard dans le secrétaire de l’appartement de la rue Jean Martin.

Un spectacle tout en finesse et humour sur l’enfance et la découverte existentielle.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Epée de bois – La Cartoucherie, du 9 au 21 mai, du mardi au samedi à 20h30, samedi et dimanche à 16h. Tél : 01 48 08 39 74

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s