Si bleue si bleue la mer, texte de Nis-Nomme Stockmann (L’Arche agent théâtral), texte français de Nils Haarman et Olivier Martinaud, mise en scène Armel Veilhan

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Si bleue si bleue la mer, texte de Nis-Nomme Stockmann (L’Arche agent théâtral), texte français de Nils Haarman et Olivier Martinaud, mise en scène Armel Veilhan

Le modèle allemand a ses failles et Darko – le récitant et narrateur de Si bleue si bleue la mer, pièce de l’auteur allemand Nis-Nomme Stockmann – fait un constat amer : « Ici on n’est pas en Afrique, on n’est pas en Amérique du sud. On est en Allemagne ici. Et malgré ça on est pauvre et idiot. On est perdu. C’est prévu comme ça. Par les architectes, par la politique. Prévu de toute façon qu’on doive se perdre. »

Pauvreté, misère et marges de la société, la notion d’exclusion concerne des individus et des familles aux revenus si faibles qu’ils sont exclus de toute vie active.

La situation est, par exemple, celle de l’Allemagne des années 2000, la cité en béton où se côtoient l’ado Darko et son ami Elia, musicien sur le plateau, et la jeune Mok.

Darko témoigne de sa pauvreté, celle du sous-prolétariat urbain des pays industrialisés, phénomène persistant de paupérisation, malgré la croissance globale.

Quelqu’un de jeune, « à risque » ou « sensible », victime de la crise, privé de formation et d’emploi rémunéré – chômeur avant toute expérience initiale de travail.

La cité de banlieue compose un puzzle de relégation idéale pour tous les exclus.

«Je ne suis pas vraiment au top dans ma tête. Je bois. Je me fous la tête à l’envers. Je bois tellement que mon cerveau en est retourné. Je bois jusqu’à manquer d’air et bégayer. Je bois tellement que les jours se brouillent. Un gigantesque océan gris foncé d’espace et de temps. Et moi en plein milieu, en train de nager. Boire, boire, boire. »

Des bières en pagaïe, rangées dans leur caisse, mais accessibles toujours pour la main leste, désinvolte et habituée d’un buveur de bière assoiffé à jamais. Il faut boire pour oublier qu’on est misérable et qu’on s’estime, en même temps, en tant que tel.

Darko raconte l’envie insatisfaite, dans sa cité au ciel trop éclairé, de voir les étoiles. Quant à Mok, elle rêve de partir en Norvège pour voir « Si bleue si bleue la mer ».

Le départ à deux pour une renaissance commune peut être possible, si on le veut.

Dans la mise en scène de Armel Veilhan, le plateau est vide et nu avec des micros sur pied pour les récitants et interprètes d’un requiem-rock ordonnancé et rythmé.

Elia est à la batterie ou bien à la guitare quand il ne joue pas l’ami plutôt très décalé.

Au lointain, un écran rectangulaire laisse surgir les titres des tableaux qui énumèrent les différentes étapes d’un parcours épique singulier et forcément semé d’embûches. La visite au zoo, la visite chez la mère du jeune homme … Avant de partir un jour ….

Auparavant, Darko recense les faits divers sordides qui émaillent le quotidien de la cité : suicides, meurtres, enlèvements et viols d’enfants, sans que justice ne soit rendue. Récits et dialogues alternés, écriture prosaïque et échappées poétiques, la vie va.

Mais comment la jeunesse peut-elle trouver une légitimité existentielle au milieu de l’horreur banalisée – violence, cruauté et habitude des comportements équivoques ?

La musique scénique joue sa partition de sauvegarde et de salut pour les jeunes gens en perdition qui retrouvent leur élan dans un rythme, des paroles et des airs symptomatiques d’une époque, Girl des Beatles ou Summertime de Janis Joplin.

L’engagement des comédiens participe à la belle conviction de ces témoignages scéniques : Romain Dutheil joue un narrateur paradoxalement plein de vie et suicidaire ; Guillaume Mika – musicien – a beaucoup de cordes à son arc.

Quant à Marie Fortuit, elle se glisse avec délicatesse dans ce monde de violence.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet., du 2 au 6 mai. Tél : 01 43 62 71 20

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