Après la répétition de Ingmar Bergman, mise en scène de Nicolas Liautard

Crédit photo : Robert Deprofil

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Après la répétition de Ingmar Bergman, mise en scène de Nicolas Liautard

Nicolas Liautard a présenté, la saison dernière à La Colline, Scènes de la vie conjugale d’après Ingmar Bergman, il propose aujourd’hui une adaptation scénique du film du cinéaste suédois, la « pièce pour la télévision » – Après la répétition.

Dès que le public entre dans la salle, il découvre sur la scène un fatras de matériel audio et vidéo qui laisse percevoir les voix des personnages – les paroles nues des interprètes sorties de baffles acoustiques – animation étrange et personnification audacieuse de ces accessoires secs – objets concrets pourvus soudain d’une âme.

Pendant un temps, le plateau baigne dans l’ombre, habité par ces outils techniques qui sont éclairés alternativement, selon les échanges chuchotés et consentis. Le studio d’enregistrement radio libère et fait danser les voix seules d’êtres invisibles.

Heureusement, les corps attendus des locuteurs s’engagent enfin sur le plateau. Des bruits en coulisses, une comédienne – « au premier et au deuxième degré », pour ce qu’on appelle du « théâtre dans le théâtre » car elle-même joue une actrice qui…,- apparaît sur la scène pour rejoindre le metteur en scène, resté seul dans les lieux désertés, un verre de café à la main, et qu’elle vient de quitter après la répétition.

Pour Nicolas Liautard, ce qui se passe sur la scène est « obscène », au sens originel du terme – une répétition qui n’est pas un spectacle mais propice aux aveux intimes.

Ainsi, le metteur en scène Henrik Vogler, plongé dans ses pensées, est surpris par le retour d’Anna Egerman, jeune comédienne passionnée qui engage la conversation.

Le premier a été autrefois l’amant de sa mère, Rakel Egerman – un père possible. Anna lui révèle la haine qu’elle porte à sa mère aujourd’hui disparue et qui jouait exactement le rôle qu’elle porte aujourd’hui dans la pièce du Songe de Strindberg.

La jeune comédienne éprouve des difficultés dans la préparation de  ce rôle : « Je ne crois pas que tu aies confiance en moi. » L’homme de théâtre tente de la rassurer.

Surgit – contre toute réalité – la mère défunte de l’actrice, elle-même actrice, rongée par l’alcool et la soif passionnée qu’elle éprouvait alors pour le directeur d’acteur.

Elle lui parle et lui demande sa protection et son amour, la fille s’étant évanouie.

A onze ans d’intervalle, la comédienne plus âgée – mère de la première – vient reprocher également à Vogler l’insignifiance de ses rôles. D’abord en colère, le metteur en scène lui avoue qu’elle n’a jamais cessé d’occuper ses pensées.

La figure disparue partie, la « joute » amoureuse reprend entre la fille et l’ancien amant de sa  mère, entre illusion, mensonge, charme et manipulation, puis cesse la séance.

Le jeu scénique, précis, précautionneux et attentif aux échanges, laisse résonner la dimension intérieure des êtres en mal d’existence, de confidences et paroles intimes.

L’homme réconforte ses comédiennes, les console, les raffermit, tentant de leur expliquer son éloignement obligé, une mise à l’écart nécessaire, la répétition finie.

Sandy Boizard – la mère – incarne une belle fragilité et le mal-être qui la caractérise.

Nicolas Liautard prend plaisir à la mise en abyme de son propre rôle de metteur en scène, mimant parfois même un peu trop l’homme ludique et joueur – celui qui sait qu’il joue, écartelé entre le désir des autres et sa propre posture qui aspire au repos.

Quant à la jeune Carole Maurice dans le rôle de la fille, elle est juste dans cette tonalité attendue de l’apprentie amoureuse qui s’essaie à tous les sentiments, ne sachant où donner de la tête, éperdument attachée, sans qu’elle ne le dise, à son créateur plus ou moins distant ou engagé, s’esquivant discrètement quand il le peut.

Elle diffuse avec délicatesse le doute et l’émotion qui assaillent le corps et la conscience quand ils sont en présence de qui les occupe intensément, à l’instant.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête, du 27 avril au 28 mai. Tél : 01 43 28 36 36

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