Les Habitants du bois, Chroniques fantasques d’une exploration du bois de Vincennes par La Revue Eclair

Crédit photo : Patrick Berger

photo de Patrick Berger pour le spectacle Les Habitants du bois.jpg

Les Habitants du bois, Chroniques fantasques d’une exploration du bois de Vincennes par La Revue Eclair

 De décembre 2014 à aujourd’hui, au fil des saisons, quatre explorateurs, – le plasticien Johnny Lebigot en hiver, le compositeur Jean-Christophe Marti en été, la danseuse et chorégraphe Corine Miret en automne, l’auteur Stéphane Olry au fil du projet – ont arpenté le bois de Vincennes et rencontré ses habitants – promeneurs, rôdeurs et habitués des lieux qui occupent le territoire, travaillent et résident au bois.

Aussi imagine-t-on ces belles personnes appelées par l’esprit du théâtre, s’enfonçant dans le fouillis des clairières boisées, telles des ombres marchant dans le froid de l’hiver ou dans la chaleur de l’été, sur les sentiers et moindres chemins lointains – talus montueux et trous scabreux -, sous les arbres tutélaires et leurs branchages.

A côté des forestiers, les cyclistes et la Garde Républicaine, les futurs champions olympiques de l’INSEP, les amoureux et les prostitués – garçons, travestis, échangistes et dames légendaires du joli bois -, des touristes et des clandestins, des SDF, des êtres plus ou moins paumés, marginaux et migrants – réels ou inventés.

Un monde hétéroclite au campement divers, pittoresque malgré lui, qui respire, comme une feuille d’automne que le vent soulève, transporte et égare de-ci delà.

Un patchwork – témoignages de vies désordonnées et aléatoires qui vont et viennent.

Les images de Cécile Saint-Paul donnent à voir cette géographie des corps et des âmes. Sur l’écran vidéo, un peloton de cyclistes pédale sans fin sur l’anneau cyclable, tandis que la voix du comédien explique l’esprit de l’authentique pédaleur.

Ces chercheurs d’art et d’or existentiel – croisement des rencontres et des aventures – ont visité le Jardin d’Agronomie Tropicale, le boulodrome de la Reine Blanche, la caserne Carnot, le Zoo, cherché les traces de l’Exposition Coloniale, de la Fac de Vincennes, accumulant, pas et kilomètres dans cet espace parisien « sauvage ».

Belle gourmandise de mots évocateurs et savoureux, l’énumération des noms de lieux diffuse avec délicatesse les pouvoirs de la prose poétique de Stéphane Olry.

Entre trouées de clarté solaire, pluie et douche de lumière et ombres lunaires.

Dans le hall de l’Aquarium, le public est accueilli par un magnifique lustre de racines et de plumes, accessoire protecteur – totem, mobile céleste sacré, trésor enchanteur.

Sous les frondaisons, un bestiaire fantasmagorique photographié se déploie sur les murs : rois, oiseaux de malheur et êtres animés dont on distingue l’œil qui pleure.

Dans la salle, le public découvre une maquette végétale du bois de Vincennes, fabriquée par Johnny Lebigot, après que les spectateurs aient dansé une ronde.

Un cadeau merveilleux d’enfance, une échappée dans l’espace boisé du géomètre.

Une maquette en herbe, os et champignons de bois de Vincennes sur laquelle on distingue le château, le donjon, les quatre lacs, le Rocher du zoo, la Foire du Trône.

La Revue Eclair raconte en sept chroniques autonomes, reprises lors d’une journée rétrospective, la vie du bois et la Grande révolte du bois de Vincennes de 2017.

Une histoire loufoque et ludique où Raymond Domenech – habitant historique de l’Insep, ministre du Tourisme, du Sport et de la Culture – aspire à l’investiture présidentielle prochaine. Le candidat n’a qu’un désir cocasse, installer un projet de fusion de la Cartoucherie et de l’Insep dans un pôle dit « d’excellence et de loisir ».

Révolte du bois de Vincennes, transformé en ZAD (zone à défendre) ou forêt de Sherwood sans Robin des Bois. Lieu de mémoire et d’utopie, peuplé, habité, hanté.

La Cartoucherie est investie par les fameux « Habitants du bois » qui ont fort à faire, s’emparant de l’Insep, de la Caserne Carnot, de l’Hippodrome, de l’Ecole de Police.

S’exprime l’engagement de la cuisinière de l’Insep acquise depuis à la Cartoucherie.

La révolte du bois est présentée au milieu d’une installation végétale et organique. Un lieu de rêve et songe floral – orties et herbes – imaginé, conçu et fabriqué par Johnny Lebigot dont les matériaux privilégiés sont les graminées, les os, les arêtes, les peaux qu’il tresse, tanne, sèche et dispose pour sa création fantasmagorique.

Les promenades accomplies composent un parcours épique onirique qui apaise au milieu de la colère même, un monde de silence où les chants des oiseaux résonnent.

Structures en bois et herbes séchées – anneaux emmêlés, cubes de lianes herbeuses et cubes rectangulaires d’épis tressés, que décore encore une multitude de plumes : la magie formelle de l’objet fabriqué opère, volatile, qui éblouit le regard.

Des sculptures miniaturisées de bois – images d’êtres animés, oiseaux ou petits animaux – fixent à jamais la vie passée d’un élément végétal, minéral ou animal.

Les coiffes – végétaux et plumes – des interprètes, inventives et aériennes font rêver.

Une performance, une fantaisie poétique au service de la Déesse Nature qui voit se côtoyer sorcières et bandits, mais aussi fées et jeunes princes, la meneuse de ronde Marie Blaise, le danseur étoile Jean Guizerix, le percussionniste Raphaël Simon…

Et les spectateurs ravis apprécient cette étoffe des songes, onirique, créative et à portée de main.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie, du 20 au 29 avril à 20h, et rétrospective des 7 chroniques le dimanche 30 avril, de 12h à 22h. Tél : 01 43 74 99 61

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