Songes et métamorphoses, une création de Guillaume Vincent d’après Les Métamorphoses d’Ovide et Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, traduit par Jean-Michel Déprats

Crédit photo : Elisabeth Carechhio

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Songes et métamorphoses, une création de Guillaume Vincent d’après Les Métamorphoses d’Ovide et Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, traduit par Jean-Michel Déprats

 Le metteur en scène Guillaume Vincent jette sur la scène avec talent son expérience d’artiste praticien en situation d’activité théâtrale – ateliers réguliers, engagés avec des amateurs consentants de milieu scolaire – écoliers et lycéens – ou carcéral.

D’ailleurs, au cours du spectacle qui concerne d’abord Les Métamorphoses d’après Ovide, une lycéenne se plaint de la pose de grilles à l’intérieur de son établissement.

Pour fuir ce cadre, un seul moyen de survie, la vision artistique qui donne des ailes.

Même si le théâtre amateur apaise et éduque, il est aussi l’occasion de rêver… et de se libérer des balises conventionnelles posées çà et là sans qu’il n’y paraisse.

Et si l’on évoque les rêves, parlons de ces Métamorphoses antiques qui finalement ne cessent de filer leurs métaphores – images cruelles et maudites, incestueuses et anthropophages, autant de fantasmes confus, improbables et pourtant récurrents.

Dans Les Métamorphoses, Ovide raconte en vers les histoires des dieux et des héros qui ont bercé son enfance, qu’il a lues chez les Grecs, et vu représentées sur les fresques et les mosaïques décorant les maisons romaines spacieuses.

Dans un monde inachevé, les personnages sont changés en animaux, plantes, fleuves et montagnes et les histoires en vrac sont amusantes, horribles ou poétiques.

Associer dans un spectacle Les Métamorphoses d’Ovide et Le Songe d’une nuit d’été shakespearien reste séduisant, puisque par exemple, la déesse Titania, selon le désir du jaloux Obéron, tombe amoureuse de l’artisan Bottom changé en âne.

Et le groupe d’artisans répète justement Pyrame et Thisbé des Métamorphoses.

Philtre magique et autre medium, les pouvoirs des dieux sont infinis, et les quatre jeunes gens de la comédie shakespearienne, égarés dans la forêt, font erreur et quiproquo sur leur objet d’amour privilégié, jouant sans le vouloir aux quatre coins.

Les situations des dieux, des princes et des artisans s’entrecroisent judicieusement.

Les récits des Métamorphoses sont merveilleux, enchaînés de façon fantastique, et la liberté de cet immense poème fascinant donne à voir le désordre des combats et tempêtes, prodiges, catastrophes, déluge, et le désordre coloré des âmes effrayées.

Jouant des procédés stylistiques et des figures scéniques, la mise en scène propose une mise en abyme ludique de la situation d’atelier théâtral dirigé par un adulte –

Gérard Watkins est un maître plus vrai que nature, beau rêveur idéaliste et incertain.

Des écoliers, en ouverture du spectacle, interprètent facétieusement l’histoire de Narcisse et d’Echo, déguisés à l’antique pour un spectacle de fin d’année. Remerciements et éloges des parents et enseignants après la représentation, un jeu de théâtre dans le théâtre vertigineux qui fait sourire le spectateur acquis à la cause.

S’ensuivent des lycéens garçons et filles – potes et meufs – qui, sous l’éclairage sensé de leur professeur dramatique dubitatif, s’essaient au mythe de Myrrha.

Une jeune femme amoureuse de son père s’applique à assouvir ses fantasmes.

Un intermède plein d’humour présente l’accomplissement d’Hermaphrodite : un homme et une femme se font homme-femme ou femme-homme, au choix.

Enfin, le mythe de Procné épanouit scéniquement toute la cruauté dont un être est capable : faire violence, violer l’autre, le déchirer en morceaux et le manger.

Sous la pression de l’agression, se dégage une animosité vengeresse infâme.

Et pour vérification de la possibilité des horreurs que peuvent commettre les hommes, s’insère un fragment de théâtre documentaire, monologue d’une femme.

La comédienne « amateure », qui en a assez des références parentales exigées classiquement sur un plateau de théâtre, joue pourtant le récit sordide d’une vie féminine, remake en variation de Gare de l’Est, un précédent spectacle de Guillaume Vincent, déjà remarquablement assumé par la radieuse Emilie Incerti Formentini.

Soit un morceau rapporté – théâtre dans le théâtre -, qui déclenche le mythe de Procné, criminelle vengeresse d’un mari fornicateur, abusant de la sœur de l’épouse, dont il a coupé encore la langue pour que celle-ci ne parle pas (Kyoko Takenaka).

Entre les différents mythes, le public retrouve la troupe en vrac des comédiens sur le plateau, qui commentent leur pratique et le jeu quotidien des répétitions – remarques intempestives et mots de chacun, appropriés ou inappropriés, fusant de toutes parts.

Un joli capharnaüm imagé et chaotique, dans lequel le passé se mêle au présent, l’antiquité à l’extrême contemporanéité, et qui avec Les Songes poursuit la même récréation festive, cour d’amateurs déguisés en princes, en travailleurs et artisans.

Soit vivre la vie d’un côté, et de l’autre, la jouer avec un fameux supplément d’âme.

Véronique Hotte

Ateliers Berthier 17e, Théâtre de l’Odéon, du 21 avril au 20 mai. Tél : 01 44 85 40 40

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