Parages 02 – le deuxième numéro de la revue du Théâtre National de Strasbourg, Les Solitaires intempestifs

Parages 02 – le deuxième numéro de la revue du Théâtre National de Strasbourg, Les Solitaires intempestifs
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La revue Parages, revue de création et de réflexion du Théâtre National de Strasbourg présente son deuxième numéro à travers le désir revendiqué, réaffirmé et responsable d’« être ensemble » à travers la rencontre et le partage.

Priorité, autant que faire se peut, est donnée à la pluralité – au singulier pluriel, et

le directeur du TNS, metteur en scène et acteur – Stanislas Nordey -, en tant que locataire de la parole, ouvre l’espace de la revue aux singularités et autres rôdeurs.

Avec un humour grinçant, Christophe Fiat évoque en un poème – défilé de mots et d’expressions -, un autre défilé – les femmes se déhanchant sur les podiums et estrades de tous les pays, depuis l’invention historique du bikini français en 1946.

A partir « du nom de l’atoll situé en plein Pacifique dans les Îles Marshall situées où les USA viennent de tester la bombe H… », jusqu’au concours Miss Monde à côté de Mister Univers, quand James Bond/Sean Connery s’amuse avec des starlettes – des bombes sexuelles – portant le bikini, en quête de coquillages sur la plage de sable.

Avec, chemin faisant, en 2011, la catastrophe japonaise dans la préfecture de Fukushima. Décidément, le monde n’est plus si sexy. Et la rencontre de la création de Miss Monde musulmane à Jakarta en Indonésie poursuit le fil tiré de l’absurde : « C’est toujours bien d’approfondir sa foi en cette occasion même s’il est surtout question de promotions, de médias et d’avoir l’air jolie. »

Claudine Galea se penche sur l’aventure expérimentale d’une lycéenne qui assiste à une séance de cinéma dans la salle polyvalente de l’établissement. Elle se souvient des sièges de velours rouge qui se rabattent, comme au cinéma. Là, elle a vécu quelque chose, « un truc », et dans sa mémoire, l’image d’un garçon et d’une fille :

« Ce n’est plus moi maintenant. Le garçon je l’ai oublié, il m’a oubliée. Dans la rue, on ne se reconnaîtrait pas. Le temps a passé. Tout le monde a oublié. Ca s’est perdu. Dès qu’on a allumé la salle, dès qu’on l’a quittée, ça s’est perdu. Mais les mots continuent à faire exister les choses. Les mots viennent du noir. Tout est là dans le noir… »

Caudine Galea de son côté, invite Jean-René Lemoine à traverser Parages : elle aime, comme lui, que remontent à travers les mots patients, les « trous d’enfance ».

Alexandra Badea et Anne Théron correspondent en un échange affectueux :

« Aimer, c’est politique… », écrit Alexandra, depuis son vol Bucarest-Paris en plein été 2016, et Anne lui répond depuis Paris : « Oui, aimer, c’est politique… L’autre est un accroissement d’être. L’autre nous invite à dépasser notre finitude pour concevoir avec lui des espaces qui échappent à notre singularité… L’amour est la force qui permet de construire, se construire. » Et même si l’épistolière – mail ou lettre – dit ne pas aimer le monde, elle a décidé de ne plus pleurer pour « écrire » un autre monde.

Une correspondance amoureuse est inventée entre Eric Noël et Christophe Pellet :

l’affinité de tristesses communes bouleverse les interlocuteurs : « J’ai si souvent, Victor, cru choisir la liberté. Alors que c’est l’amour, toujours, qui a décidé pour moi. T’abandonner, oui, il y a quatre ans, séduit et effrayé… Et t’écrire aujourd’hui, geste entièrement libre, pétri d’amour, sache-le. D’amour impossible, de par la distance, de par le temps, de par mes dépendances… »

L’amant disparu revient pourtant et traverse l’océan pour retrouver les mots et les frissons de l’autre, consubstantiels à son existence à lui. Qu’en adviendra-t-il ?

Céline Champinot est l’invitée de David Lescot dans la revue, une femme qui avec d’autres, s’emploie à refaire le monde mais en le défaisant préalablement.

Dans sa Bible, Vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable, l’auteure associe la ville cosmopolite de Shangaï à « une fiction nourrie par la réalité d’une ville hissée dès sa création à la proue du levant et qui braque sur le monde des phares cosmopolites. » Un poumon économico-financier extrême oriental.

Quant à Marie-Amélie Robilliard, elle estime que le théâtre de Fabrice Melquiot incarne la mélancolie tandis que celui-ci fait un Portrait de Rudolf Rach de L’Arche Editeur en treize pièces détachées.

Rudolf Rach, par exemple, raconte sa Visite à Thomas Bernhard. Une relation loin d’être évidente entre le jeune éditeur que l’on connaît et l’écrivain Thomas Bernhard.

La mort de l’auteur fait que les deux ne pourront se rencontrer encore, comme prévu.

Or, grâce à la journaliste autrichienne Krista Feischmann, proche du dramaturge, l’éditeur apprend que celui-ci a repris son propre nom pour l’un des personnages de son œuvre, un signe prometteur et un geste d’affinité et de réconciliation.

A relever encore, Amor Mundi, un portfolio de Jean-Louis Fernandez qui met en lumière les lieux de L’Arche Editeur, avec Rudolf Rach et Katharina von Bismarck.

Et il faut ajouter à ce matériau déjà consistant les collaborations de Mohamed El Khatib, Joëlle Gayot, Pauline Peyrade, Bérénice Hamidi-Kim, Enzo Cormann, Samuel Gallet et Lancelot Hamelin qui revient sur le Théâtre du Rond-Point.

Et avec, pour maître de cérémonie, Frédéric Vossier, chef d’orchestre qui agence, relie et synthétise les écrits.

Véronique Hotte

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