Kunti Karna, tragédie inspirée des textes de Rabindranath Tagore et Jean-Claude Carrière, spectacle conçu et mis en scène par Koumarane Valavane, interprété par la troupe Indianostrum théâtre – en tamoul, surtitré en français.

Kunti Karna

Kunti Karna, tragédie inspirée des textes de Rabindranath Tagore et Jean-Claude Carrière, spectacle conçu et mis en scène par Koumarane Valavane, interprété par la troupe Indianostrum théâtre – en tamoul, surtitré en français.

Trois créations contemporaines – Kunti Karna, Terre de cendres et Karuppu -, des spectacles conçus et mis en scène par Koumarane Valavane, de l’Indianostrum théâtre de Pondichéry, se sont arrêtées au Théâtre du Soleil, leur ami et complice.

Kouramane Valavane, metteur en scène franco-indien, ancien comédien du Théâtre du Soleil, prend la route de l’Inde en 2005 pour terminer la création du Dernier Caravansérail d’Ariane Mnouchkine. Il projette la création d’un théâtre – un petit Soleil en terre indienne – l’Indianostrum.

Lieu de transmission et de création, le théâtre devient en 2015, après Santiago du Chili, Farö et Oxford, la quatrième escale de l’école nomade du Théâtre du Soleil, avant d’accueillir toute l’équipe d’Ariane Mnouchkine, lors de la création d’Une Chambre en Inde en 2016.

Kunti Karna, tragédie inspirée du Mahabharata à travers les textes de Rabindranath Tagore et Jean-Claude Carrière, s’accomplit dans la sombre tension nocturne et envoûtante du rituel du Kalaripayatt, antique art martial indien, un souffle épique qui évoque sur sa route les thèmes immémoriaux de l’identité, l’abandon et l’orgueil.

Le Mahabharata, mythe d’une guerre fratricide, donne à entendre l’histoire de Karna, enfant illégitime abandonné par sa jeune mère, la princesse Kunti, au bord du Gange. Tel Œdipe et son sort funeste, Karna aux origines obscures, recueilli par un cocher, n’en ressent pas moins le désir profond de devenir un grand guerrier.

Sa valeur et son courage lui intiment de défier le légendaire guerrier Arjuna mais le droit de combattre lui est refusé ; en tant que fils de cocher, Karna ne peut pas affronter un prince. Humilié, il se promet de tuer l’arrogant sur le champ de bataille.

Au dix-septième jour de la grande guerre, Karna obtient le droit de combattre et affronte Arjuna. La veille de la bataille, Kunti lui rend visite, rongée de remords. Elle lui révèle sa véritable identité : il est son propre fils et donc le frère d’Arjuna.

La destinée funeste de Karna – jeune guerrier emblématique de la culture indienne – ne s’en accomplit pas moins sur le champ de bataille dans son affrontement avec Arjuna. Sa mère, à sa recherche, découvre sa mort : Karna, personnage culte, incarne à jamais l’indéfectible amitié, la détermination et la générosité.

« O Kunti, que tes larmes rejoignent le Gange et le flot de tout ce qui passe/ Celui de tes fils qui mourut devait mourir sans doute/ Il fallait que ce fût celui-là/ Qui donc aurait pu te rendre ce que tu avais abandonné ? »

Le Kalaripayatt, art martial originaire du Kerala d’Inde du Sud, lié aux traditions religieuses hindouiste et bouddhiste, installe les combattants sur une arène de sable qu’entoure la présence humble et sacrée d’une multitude de bougies scintillantes, une aire au-dessus de laquelle sont suspendus des lais de tissu – cordes à grimper.

De même, sur le plateau de la salle de répétition du Théâtre du Soleil, un pilier rigide de bois donne l’occasion à l’artiste de se hisser, n’utilisant que bras et mains.

Positions basses, nombreux sauts élevés, armes à la main, airs déterminés, les interprètes jouent de l’art de l’équilibre au sol, des sauts aériens – souplesse et force.

Karna, sauvé des eaux, y retourne régulièrement : l’athlète se jette – corps entier et lancé – dans un bassin qui tient lieu d’ample baignoire ou de piscine en réduction. Immergé dans les profondeurs, il resurgit essoufflé pour se hisser hors de l’eau et s’adonner à ses exercices rigoureux et ardus : belles figures réussies, à tout coup.

Les figures des divers guerriers sont fascinantes, dessinées dans l’air qu’elles coupent à la fois dans une grande violence et une belle maîtrise corporelle de soi.

Les femmes sont comme sculptées, hiératiques, peu mobiles et concentrées.

Un spectacle intérieur et intense de force, de tension musculaire et de sagesse.

Véronique Hotte

Salle de répétitions du Théâtre du Soleil à La Cartoucherie, du 21 avril au 4 juin.

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