La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène et scénographie de Oskaras Korsunovas – en lituanien surtitré en français

Crédit Photo : D.Matvejev

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La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène et scénographie de Oskaras Korsunovas – en lituanien surtitré en français

Une Mouette au programme – pas n’importe laquelle -, il s’agit de la pièce mythique de Tchekhov visitée en lituanien, dont les sonorités ne sont pas éloignées du russe, par la troupe d’Oskaras Korsunovas sur le plateau du Théâtre 71 de Malakoff.

Korsunovas a déjà marqué les esprits avec Songe d’une nuit d’été ou Visage de feu.

Des bourgeois venus de la grande ville russe sont temporairement installés dans leur villégiature de campagne où règne un petit monde rustique de personnel de maison – le gérant du domaine, sa femme, leur fille, un maître d’école et un médecin.

Les uns et les autres sont amoureux de quelqu’un de non « légitime » et qui leur échappe : la femme du gérant, du médecin, et leur fille, du jeune maître qui l’ignore.

Des tensions et des frémissements sourds échappent de ces êtres en souffrance.

Les citadins, l’actrice russe Arkadina et son compagnon plus jeune, l’écrivain Trigorine, visitent du même coup leurs proches : le frère d’Arkadina, ancien conseiller d’Etat en retraite, et puis le jeune Treplev, le fils délaissé de la radieuse Arkadina.

Treplev, qui vit avec la bonhommie attentive de son vieil oncle, rêve en artiste à des formes nouvelles contre l’académisme des aînés que sert sa mère : l’auteur inspiré met en scène une première pièce dont sa voisine Nina, qu’il aime, est l’héroïne.

La création sous la lune au bord du lac que jouxte la maison est le départ du drame : Nina tombe sous le charme du célèbre Trigorine, oubliant la passion douloureuse de Treplev, soit encore un coup de foudre dévastateur pour la jalousie d’Arkadina.

La mise en scène joue avant tout sur la circulation des mouvements intérieurs des êtres, les non-dits qui affleurent d’autant plus sur les visages muets et les corps tus qu’ils crient et hurlent sourdement, en dépit des efforts consentis, leur souffrance.

Le jeu – ses préparatifs – se fait à vue : à jardin, une rangée de chaises pour les protagonistes quand ils ne sont pas sur la scène, chacun assistant dans l’humilité à la prestation de l’autre, selon les notes et les silences réglés d’une partition musicale.

Au lointain, l’écran vidéo où scintillent les miroitements de l’eau vivante du lac laisse apparaître les changements constants de toute vie qui va dans l’espace et le temps.

Les acteurs tenus rigoureusement intériorisent avec force et vigueur leur état d’âme ; ils sont apparemment calmes et paisibles, patients et conciliants, qualités existentielles d’une sagesse aguerrie, jusqu’à ce que soudainement, surgissent la puissance brute d’une parole et l’intensité énergique d’une gestuelle libératoire.

Treplev désespéré de vivre et d’écrire déchire et fait voler en éclats ses manuscrits dans un tourbillon aérien et volatil de feuilles blanches, un nuage de colère vraie.

Arkadina, sur le point d’être abandonnée, hurle à corps et à cris le chagrin de la trahison amoureuse – soupirs rauques, pleurs, la comédienne use de ses atouts. Quant à la jeune Nina, lumineuse à ses débuts, elle revient définitivement blessée. La malheureuse Macha, fille du gérant, épouse du morne instituteur, résiste toujours et sert au mieux un amant ingrat. Le médecin seul entretient une paix intérieure.

Déception, désillusion, amertume, manques et ratés des jours qui passent, les personnages tchékhoviens, revus par Korsunovas, « déménagent » sur la scène, faisant la part belle à la prééminence toute-puissante des émotions qui ravagent les âmes, que l’on soit acteur ou pas, auteur ou pas, jeune ou pas, maître ou pas.

Fièvre, transports et exaltation composent le répertoire d’un beau langage existentiel.

Véronique Hotte

Théâtre 71, Scène Nationale de Malakoff, du 21 au 27 avril. THEATRE71.COM

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