Gouverner au nom d’Allah, Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, de Boualem Sansal, Editions Gallimard 2013, Collection Folio N°6061, 192p, 5,90 €

Crédit photo : Youssef Nabil, Self Portrait, Essaouira 2011

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Gouverner au nom d’Allah, Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, de Boualem Sansal, Editions Gallimard 2013, Collection Folio N°6061, 192p, 5,90 €

Boualem Sansal, voix de la littérature algérienne œuvrant à la fois contre le pouvoir militaire algérien e le totalitarisme islamiste, propose une synthèse précise sur l’islamisme arabe que l’on voit se propager ici et là face à des pouvoirs occidentaux qui, l’ayant mal évalué, lui opposent des réponses inappropriées, tandis que ses principales victimes – les femmes et les jeunes – lui sont davantage soumises.

Pour Boualem Sansal, l’islam a été longtemps maintenu sur une ligne de sommeil. La colonisation européenne des pays musulmans au XIX é siècle puis l’orientation socialiste prise par la plupart des pays musulmans à l’Indépendance (Egypte, Syrie, Irak, Tunisie, Yémen, Lybie, Soudan, Indonésie, Algérie, Mali, Guinée, Niger, Afghanistan, Albanie…) sont venues accentuer son effacement.

Dans ces pays socialistes, plutôt révolutionnaires et tiers-mondistes, la religion était regardée comme « l’opium du peuple », selon l’expression de Karl Marx, et les rares opposants islamistes furent réprimés…

Durant ce temps, l’islamisme radical est passé à la clandestinité, où il a été récupéré et instrumentalisé par les uns et les autres, les Etats-Unis, les monarchies conservatrices du Golfe – Arabie saoudite etc…-, pour faire barrage au communise encouragé par Moscou. Il a aussi tissé des liens avec les groupes terroristes d’extrême-gauche et les narcotrafiquants.

« Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique, leur bigoterie empressée, leurs manières doucereuses et leurs discours pleins de magie et de tonnerre, ils faisaient spectacle dans l’Algérie de cette époque, socialiste, révolutionnaire, tiers-mondiste, matérialiste jusqu’au bout des ongles, que partout dans le monde progressiste on appelait avec admiration « la Mecque des révolutionnaires ». Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l’improviste que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s’était répandu dans tout le pays. »

L’image spectaculaire de cette propagation fulgurante de l’islamisme est ainsi donnée, et Boualem Sansal, après avoir brossé un tableau des courants musulmans, s’enquiert des raisons de cette expansion religieuse : les Etats prosélytes, les élites opportunistes, les intellectuels silencieux, les universités, les médias, la « rue arabe » Sans oublier l’échec de l’intégration dans les pays d’accueil des émigrés.

L’auteur relève que, « dans la plupart des cas, l’appel à la main-d’œuvre étrangère (du Maghreb et d’Afrique noire) avait pour but de faire l’appoint de la main-d’œuvre locale mais aussi, voire surtout, d’exercer une pression à la baisse sur les salaires et les avantages sociaux afin de maintenir la compétitivité du pays et des entreprises mise à mal par des politiques sociales très généreuses et des dépenses publiques excessives, financées par la dette et de plus en plus par l’appauvrissement de pays du tiers-monde… Des politiques correctives (ascenseur social, discrimination positive, formation, etc…) ont quelque peu amélioré la situation des nouvelles générations mais n’ont pas supprimé l’humiliation que les enfants ressentent de voir leurs parents exploités et rabaissés à ce point. Les idéologues islamistes l’ont bien compris, l’humiliation est un levier puissant qu’il est facile de manipuler. En leur offrant de la religion et une autre vision des rapports politiques dans le monde, ils canalisent leur colère vers des objectifs transcendants exaltants et leur font accepter jusqu’à l’idée de mourir en martyrs. »

D’un côté, la colonisation par les puissances européennes, la domination intellectuelle de l’Occident judéo-chrétien sur l’ensemble du monde ; de l’autre, l’islam, lui-même éclaté en une multitude de courants, d’écoles, de rites, en conflit ou s’ignorant, a pris énormément de retard quant aux interpellations que la vie adresse aux individus et aux sociétés, des interpellations restées sans réponses appropriées.

De même, islam et islamisme ne se confondent pas : les musulmans ne sont responsables ni des incohérences de la religion ni de l’instrumentalisation que des régimes arabes féodaux et des partis islamistes ténébreux en font.

Le XX é siècle a été des plus cruels – crise économique et dépression mondiales de 1929, deux guerres mondiales et sous le choc des colonisations occidentales, l’effondrement du dernier califat, le califat ottoman, colonne vertébrale de ce qui restait de l’empire musulman – , il a été propice aux haines et radicalisations :

« La disparition du califat et le démembrement du monde musulman, partagé entre les puissances coloniales européennes, ont livré l’islam à la déshérence et au jeu des féodalités. » Pour les islamistes, c’est un monde idéal qui s’est effondré par la faute des Occidentaux et l’incompétence des dirigeants musulmans.

Un ouvrage documenté qui clarifie les données de nos temps présents aléatoires.

Véronique Hotte

Gouverner au nom d’Allah, Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, de Boualem Sansal, Editions Gallimard 2013, Collection Folio N°6061, 192p, 5,90 €

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