La Mouette de Anton Tchékhov, Préface de Roger Grenier, Traduction d’Elsa Triolet, Editions Gallimard, Folio Théâtre N°174 : 3,50 € / 176p

Crédit photo : Scala Archives The Pool, Viktor Borisov-Musatov, Moscou, (détail)

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La Mouette de Anton Tchékhov, Préface de Roger Grenier, Traduction d’Elsa Triolet, Editions Gallimard, Folio Théâtre N°174 : 3,50 € / 176p

Quand on parle de Tchékhov, dit Roger Grenier, on pense aussitôt à La Mouette (1896) dont les ailes déployées restent l’emblème du Théâtre d’Art de Moscou.

Si on veut répertorier les Mouette qui ont été montées ces derniers temps ou qui se montent encore, l’entreprise est presque impossible tant sont nombreux les metteurs en scène qui s’emparent de cette œuvre mythique selon une vision très personnelle.

Et la fin du deuxième acte résume assez bien la pièce : « Une jeune fille vit depuis son enfance au bord d’un lac (…) ; elle aime le lac comme une mouette, elle est heureuse et libre comme une mouette. Mais un homme passe par là, la voit, et, par hasard, par désœuvrement, lui prend la vie, comme si elle était une mouette. »

 L’action a lieu dans une propriété de campagne. Les protagonistes comptent une actrice de seconde jeunesse, Arkadina, compagne de Trigorine, écrivain connu, et le fils de la première, Tréplev. Lui aussi est écrivain, en quête de formes nouvelles. Nina, fille d’un propriétaire voisin, est aimée de Treplev, mais séduite par Trigorine, elle le rejoint en ville avant d’être délaissée et suivre un parcours d’actrice médiocre.

Treplev, qui retrouve, à la fin du drame, Nina éplorée rôdant sur ses terres d’enfance, console celle-ci: « Vous avez trouvé votre voie, vous savez où vous allez, tandis que moi je flotte encore dans un chaos de rêves et d’images, sans savoir pourquoi j’écris et qui en a besoin. Je n’ai pas la foi et je ne sais pas en quoi consiste ma vocation. »

L’écrivain russe reconnaît que sa pièce transgresse les lois théâtrales : « C’est une comédie : trois rôles de femmes, six rôles d’hommes, quatre actes, un paysage (vue sur un lac), beaucoup de conversations littéraires, peu d’action, cent kilos d’amour. »

Ce théâtre neuf sans construction apparente « semble fait de l’heure qui passe, de choses tues, d’un peu de musique ». La souffrance d’exister se débat dans l’indifférence, l’écriture suit l’hésitation de la vie, l’impression trouble d’instants ratés :

« Leur succession laisse un goût d’inaccompli qui est le vrai sujet. On sait que rien ne va changer, que tout va se répéter. »

Pleurer sur le passé, parler de l’avenir sans y croire ; la vie est absurde, les jours passent sans que rien n’arrive : « Le temps qui est devenu le personnage principal du roman moderne, est déjà une conquête du théâtre tchékhovien », note Grenier.

Dans ce théâtre-là, la vie intérieure des personnages n’affleure pas dans les dialogues, ceux-ci rêvent leur existence et l’imaginent plus qu’ils ne la vivent. Les figures tchékhoviennes malheureuses se débattent sans comprendre leur douleur et si le dramaturge porte le regard sur ces êtres blessés, c’est que leurs faiblesses, leurs nostalgies et leurs espoirs déçus tissent l’étoffe même de toute vraie humanité.

Les dialogues apparemment anodins obéissent à une musique qui tait l’essentiel tandis que, surgie de cette insignifiance, fuse çà et là la poésie de l’existence – « ce qui sort librement de l’âme ». Un détail banal, un paysage se lève dans l’imaginaire.

Voilà pourquoi nous ne nous lassons d’assister aux représentations de La Mouette.

Véronique Hotte

La Mouette de Anton Tchékhov, Préface de Roger Grenier, Traduction d’Elsa Triolet, Editions Gallimard, Folio Théâtre N°174 : 3,50 € / 176p 

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