Antigone de Jean Cocteau Dossier de Françoise Spiess – Lecture d’images de Sophie Barthélémy, Editions Gallimard, Folioplus Classiques N°280 / 4,60 € / 112p

Crédit Photo : Antigone (1882) de Frederic Leighton (1830-1896)

Christie’s Images/Bridgeman Images

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Antigone de Jean Cocteau Dossier de Françoise Spiess – Lecture d’images de Sophie Barthélémy, Editions Gallimard, Folioplus Classiques N°280 / 4,60 € / 112p

« C’est tentant de photographier la Grèce en aéroplane. On lui découvre un aspect tout neuf. Ainsi j’ai voulu traduire Antigone », écrit Jean Cocteau (1889-1963) en ouverture de sa reprise de la pièce de Sophocle. La métaphore inattendue est complétée peu après par l’explication de son projet, écrit Françoise Spiess, soit le « moyen de faire vivre les vieux chefs-d’œuvre ». Faire entendre à nouveau l’ancien.

Contemplant Antigone (1882), tableau du premier artiste anobli par la reine Victoria, Frederic Leighton (1830-1896) – un écho pictural de l’œuvre théâtrale analysé par Sophie Barthélémy -, le regard perçoit aussitôt la personnalité duelle d’Antigone, forte et fragile, étrangement ferme et féminine, dont le visage reflète le théâtre des émotions et des passions humaines. Le peintre se distingue de ses contemporains, œuvrant pour le culte de l’« art pour l’art » et la quête d’un nouvel idéal de beauté.

Cocteau et Leighton ont une même passion pour la mythologie et la tragédie antique.

L’héroïne Antigone s’adresse en ces termes au chœur et aux citoyens de sa patrie :

« Je commence mon dernier voyage et je regarde une dernière fois la lumière du soleil. Le dieu infernal va me prendre vivante, sans que je connaisse le mariage, sans que les chants du mariage répètent mon nom ; c’est la mort qui m’épouse. »

L’œuvre qu’écrit Cocteau en 1922 est neuve, ce qui permet de questionner la place centrale de toute traduction littéraire comme les enjeux du travail de réécriture.

Une mise en perspective est ordonnancée par Françoise Spiess, selon six thèmes essentiels pour une meilleure réception par les collégiens de l’œuvre réactualisée.

Sont évoquées les Années folles, l’insouciance joyeuse de l’après-guerre, une autre idée de la modernité qui se profile, à la manière d’une nouvelle (re)-naissance.

Le mythe revisité privilégie le concept subtil de retour cyclique qui s’appliquerait à démêler inlassablement la complexité du monde, depuis Œdipe et Antigone – un mythe à la fois survolé et décalé à travers une liberté de ton pour un texte resserré.

En même temps, la figure du rebelle au théâtre reste fascinante, de Hamlet de Shakespeare à Hernani de Hugo, des Mains sales de Sartre aux Justes de Camus.

Sur la réécriture du mythe, de Sophocle à nos jours, Georges Steiner avance que si le mythe d’Œdipe et de sa fille Antigone perdure, c’est qu’il rend compte des constantes de l’âme humaine : « l’affrontement des hommes et des femmes, de la vieillesse et de la jeunesse, de la société et de l’individu, des vivants et des morts, des hommes et de(s) Dieu(x) » (Les Antigones).

Ce mythe resurgit plus particulièrement à chaque épisode terrible de l’Histoire : ainsi, à partir du XVI é siècle et ses guerres de Religion, ou au XX é siècle juste après les deux guerres mondiales, de Sophocle à Garnier, de Racine à Anouilh et à Brecht.

Le thème de « Jean Cocteau et son temps » commente une enfance brusquement blessée (1889-1907), des débuts flamboyants (1908-1922), un mouvement entre classicisme et dérive (1922-1929), entre succès et ambiguïtés politiques (1929-1945), une fin de vie sombre et triomphale (1946-1963). Ombres et lumières.

Antigone de Sophocle est créée à Athènes en 440. La pièce de Cocteau, une « contraction » de la première, a été représentée à L’Atelier, le 20 décembre 1922, avec les figures emblématiques de Charles Dullin dans le rôle de Créon, d’Antonin Artaud pour Tirésias et de Cocteau lui-même pour le chœur, dans un décor de Pablo Picasso, une musique d’Arthur Honegger et des costumes de Gabrielle Chanel.

Une exploration de l’Antigone de Cocteau menée avec conviction et un brio alerte.

Véronique Hotte

Antigone de Jean Cocteau Dossier de Françoise Spiess – Lecture d’images de Sophie Barthélémy, Folioplus Classiques N°280 / 4,60 € / 112p

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