Delacroix par Frédéric Martinez, Editions Gallimard, Folio Biographies n°135/9,20 €, 352p, Inédit

Crédit photo : RMN –GP (musée d’Orsay/René-Gabriel Ojéda – RMN – GP (musée d’Orsay)/Angèle Daquier

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Delacroix par Frédéric Martinez, Folio Biographies n°135/9,20 €, 352p, Inédit

La Liberté guidant le peuple, tableau célèbre d’Eugène Delacroix (1798-1863) est une huile sur toile de 1830, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses. Présentée au public au Salon de Paris de 1831, l’œuvre nommée Scènes de barricades est exposée au Musée du Luxembourg dès 1863, transférée au Musée du Louvre en 1874, œuvre-phare s’il en est. Allégorique et politique, La Liberté guidant le peuple est souvent choisie comme symbole de la République française, de la démocratie.

Et quand bien même le portrait de Delacroix ornait naguère les billets de 100 francs, la personnalité du peintre reste mal connue. Artiste habité, ses toiles sont d’inspiration religieuse, littéraire, philosophique, ou répondent à l’actualité du temps, célébrant d’abord à grands traits la couleur suggestive, avant même le dessin.

L’Histoire en même temps s’accomplit et Delacroix s’inscrit dans son époque.

Ainsi, peintre officiel du Second Empire, honni ou bien admiré à l’excès, il fut l’un des tout premiers artistes à peindre l’Orient d’après nature. Amateur de musique, Eugène Delacroix qui assiste, le 21 novembre 1831, à la première de Robert le Diable de Giacomo Meyerbeer à l’Opéra de Paris, rencontre alors le comte Charles de Mornay.

Louis-Philippe confie à ce dandy, ancien gentilhomme de la Chambre de Charles X, une mission diplomatique qui doit le conduire au Maroc pour amadouer le sultan Moulay Abderrahmane à la tête du pays afin qu’il n’entrave pas les projets d’expansion française en Algérie.

L’affaire est plutôt délicate car deux Marocains ont été exécutés, accusés de complicité avec le caïd Belhammery, qui incite le peuple algérien à la révolte après la prise d’Alger par les Français, en juillet 1830. : « Louis-Philippe souhaite récupérer des navires de la flotte française retenus au Maroc, établir une frontière avec sa nouvelle colonie, obtenir enfin la non-ingérence de Moulay Abderrahmane dans les affaires algériennes désormais françaises. »

Mademoiselle Mars, comédienne et maîtresse du comte Mornay, s’empresse de trouver auprès du décorateur-costumier de l’Opéra, Henri Duponchel, un artiste de bel esprit et de commerce agréable qui tienne compagnie au comte en mission, et « lui faire respirer l’air de Paris au bord de la Méditerranée » : Delacroix est choisi.

Pour le peintre qui rêve en vain d’Italie et se plaint qu’il ne lui arrive jamais rien, c’est l’occasion de voir enfin s’animer les costumes chatoyants, les étoffes aux couleurs vives, et briller les cimeterres et les yatagans au soleil de l’Afrique : «  A lui les maisons blanches, les lauriers roses, le bleu brusque du ciel et de la mer…»

Le temps de ce voyage marocain, l’artiste a la possibilité de peindre encore ses admirables Femmes d’Alger, et observe, offusqué, l’obstination des colons français en habit gris à défigurer la Ville blanche. L’Utile doit partout étendre son empire, aux dépens du Beau. On détruit par exemple, les venelles ombreuses pour de larges avenues : « On perce les maisons mauresques de fenêtres à la mode de chez nous …, on abat des orangers dans le jardin du dey, on détruit des mosquées, des cimetières pour installer des boutiques. La Barbarie ? Nous y sommes, en effet. »

Delacroix ironise sur ces velléités d’installer sur la terre d’Afrique un climat et des conditions d’existence autres – soit une définition clarifiée de la colonisation.

Et pour le peintre encore, le plus clair du temps se passe entre une maison à Champrosay, près de la forêt de Sénart pour goûter aux paysages de la campagne, entre maîtresses et vrais amis – Georges Sand et Chopin –, un couple spirituel qu’Eugène rejoint à Nohant dans le Berry de la dame.

Un jeune admirateur rend régulièrement visite à cet aîné ombrageux et condescendant, le moderne et flamboyant Charles Baudelaire, toujours fidèle.

Sans oublier la présence de la cuisinière Jenny Le Guillou que l’on peut voir se promener dans les jardins du Louvre tandis que le peintre lui explique l’art assyrien.

Aussi, des fréquentations ennuyeuses pour dîners officiels – ainsi Adolphe Thiers -mais qui demeurent pourtant nécessaires à l’obtention de commandes bienvenues.

La décoration de la Chapelle des Saint-Anges de l’église Saint-Sulpice à Paris prend dix années de la vie finissante de l’artiste épuisé. Un achèvement en apothéose.

Romantique qui dénie son romantisme, dandy et secret, misanthrope et mondain, le mélancolique influença de nombreux peintres tels Signac, Van Gogh ou Cézanne.

Un ouvrage passionnant et passionné, au plus près de l’air et l’art libre de son sujet.

Véronique Hotte

Delacroix par Frédéric Martinez, Folio Biographies n°135/9,20 €, 352p, Inédit

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