Cut de Emmanuelle Marie (L’Avant-Scène Théâtre 2003), mise en scène de Christine Massa

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Cut de Emmanuelle Marie (L’Avant-Scène Théâtre 2003), mise en scène de Christine Massa

Elles sont trois sur le plateau à jouer aux jeunes femmes avenantes et épanouies. L’une d’elle confie, évoquant, pour tout départ, amertume, larmes et déploration :

« Ma mère pleura beaucoup le jour de ma naissance. Elle pleurait tant que le médecin fut forcé de la gronder : « Pourquoi pleurez-vous tant ? » demanda-t-il.  

« Je voulais un garçon, dit-elle… et c’est une fille… »

La fille devenue adulte aurait même bien aimé que le bon dieu soit une femme, sa mère qui était croyante aurait sans doute mois pleuré le jour de sa naissance…

Via la mise en scène facétieuse de Christine Massa, les données du « problème », si problème il y a, sont certes posées une fois pour toutes, mais les figures de Cut d’Emmanuelle Marie ont retourné l’affaire à leur avantage avec la malice souhaitée.

Femme est-on, entendez pertes et fracas, inconvénients et atouts, malchance et bonheur. Et bonheur d’abord – telle est la tonalité de la musique pétillante du spectacle -, quoiqu’on en dise contre vents et marées, en dépit de remontrances maternelles traditionnellement assénées à la fille : « Serre les jambes, petite délurée. Serre les jambes. Serre les dents. Serre les fesses. Serre tout ça et tais-toi. »

Qu’on ne voie surtout pas surgir le moindre signe de féminité qui pourrait traduire un abandon coupable, une légèreté insouciante ou un plaisir d’être librement épanoui.

Or, en échange, la pudeur est de rigueur – modestie et humilité, s’il vous plaît -, comme si un voile symbolique s’était déposé au tréfonds de chacune d’elles entre censure et autocensure, recouvrant instinctivement tout obscur objet de désir.

Que ce soit la position assise que toute femme se doit d’adopter pour se soulager, que ce soit d’autres gestes extrêmement intimes auxquels se livre la gent féminine, entre solitude ou partage consenti avec partenaire, le plaisir n’est pas toujours là.

Et après ? La femme ne dépend pas uniquement d’une sexualité dite épanouie.

Le spectacle enchaîne des scènes qui se succèdent dans une belle vivacité ludique. Elles sont trois à évoluer sur la piste de danse d’un cabaret, entourée tri-frontalement de rangées de sages spectateurs qui seraient en position d’attendre leur cavalier… Au milieu, quelques chaises distribuées, çà et là, comme dans un espace de café.

Humour et jeu, drame et gravité, chacune de ces belles personnes – Stéphanie Quint, Tanya Mattouk et Aloysia Delahaut – racontent une part de leur histoire : la rencontre amoureuse, la perte de l’être aimé, la solitude subie ou la vie à deux.

Elles sont mises en perspective et ainsi davantage perçues à travers les adresses, les répliques ou les regards qu’elles posent sur le mâle ou que celui-ci pose sur elles : Olivier Bordin est une présence virile insolite qui révèle leur part cachée.

La gracieuse Aloysia Delahaut, chorégraphe du spectacle, danse un solo vif et plein d’élan, et ses compagnes se balancent également avec cœur et énergie sur la musique rock et blues de Faith et Spirit, dessinant un chœur au rythme éloquent ; jeune femme enjouée et habitée, Stéphanie Quint se met en colère à travers un verbe italien de conviction, un rien de la Magnani dans la posture ; la douce Tanya Mattouk fait montre de patience, de réserve et d’émotion dans un sourire convaincu.

Le spectacle – humour et esprit – glorifie avec un panache amusé l’être-là féminin.

Véronique Hotte

Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle 75018, du 21 mars au 22 avril, mardi, jeudi et samedi à 19h. Tél : 01 42 05 47 31

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