Pierrot lunaire, théâtre lyrique avec marionnettes d’après l‘œuvre d’Arnold Schönberg sur 21 poèmes d’Albert Giraud précédé de Quatorze Manières de décrire la pluie de Hans Eisler, direction musicale Takénori Némoto, mise en scène Jean-Philippe Desrousseaux – spectacle en allemand surtitré en français.

Crédit photo : Gabriele Alessandrini

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Pierrot lunaire, théâtre lyrique avec marionnettes d’après l‘œuvre d’Arnold Schönberg sur 21 poèmes d’Albert Giraud précédé de Quatorze Manières de décrire la pluie de Hans Eisler, direction musicale Takénori Némoto, Ensemble Musical Nigella, mise en scène Jean-Philippe Desrousseaux – spectacle en allemand surtitré en français.

La voix du Sprechgesang (mélodie parlée) du Pierrot lunaire (1912) de Schönberg fait suite à l’esprit de renouveau de Pelléas et Mélisande de Debussy. Dans cet opéra inouï, effervescence intellectuelle et foisonnement artistique, la voix dit le texte sous l’emprise d’une musique insinuante qui en magnifie les valeurs expressives.

Ici, avec au chant la mezzo-soprano Marie Lenormand, et Fiona McGown le 31 mars.

C’est que la musique du XX è siècle est sortie du cadre de la temporalité classique, imprévisible dans son déroulement, réceptive aux formes ouvertes de l’aléatoire – un mélange de provocation, d’ironie, de dédain amusé et de prétentions cosmiques.

Ce renouvellement lance un défi aux valeurs reçues – manière de vivre et de sentir de ce début de siècle tourmenté. La définition des divers arts vole en éclats, entre volonté de jeu, de fantaisie, d’irrespect, de sarcasme et de refus du sentimentalisme.

L’histoire se situe dans une maison close – maison de thé – au Japon de l’époque Edo, une épopée en trois parties de sept mélodrames chacune. Pierrot, amoureux de Colombine, geisha soumise au vieux Cassandre et surveillée par une maquerelle, se morfond, entre sa propre jalousie et impossibilité pour Colombine de se libérer.

Celle-ci se suicide avec le katana de Pierrot : le Pierrot lunaire expose la progression d’un jeune héros, exposé au désir, à la faute meurtrière et à sa rédemption.

Le Pierrot lunaire est une œuvre écrite pour le cabaret – lieu à la fois savant et canaille de l’élégance et de la transgression. Pour le metteur en scène Jean-Philippe Desrousseaux, la pièce musicale recèle des figures de la Commedia dell’arte aptes à être ressaisies par le théâtre de marionnettes, le Bunraku japonais.

De la même façon que le goût de la parodie – provocation et burlesque – se glisse dans les figures grinçantes, grimaçantes et disloquées de Pierrot, Colombine, du vieux Cassandre et de la vieille femme rouée à travers une fête bergamasque qui tourne au drame, de la même façon le Bunraku – esthétique japonaise traditionnelle du théâtre de poupées – répond techniquement et scéniquement au Pierrot lunaire.

Une narratrice chanteuse raconte ce drame de figures solitaires japonisées, mues à vue par l’art précis de manipulateurs entièrement drapés de noir, Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, Antonin Autran, Jean-Philippe Desrousseaux. Pour ce beau cauchemar, les personnages évoluent dans un univers onirique et fantastique noir.

Violence, désir cruel et nostalgie, le Bunraku traduit avec finesse la musique intérieure. Le Levant à la mode dégage une lune à la fois lumineuse et mystérieuse dans les tableaux scénographiques du metteur en scène, jouant du théâtre d’ombre, d’un vaste firmament de lumières brumeuses ou pures de François-Xavier Guinnepain qui donnent à voir – silhouettes d’ombres – la magie souveraine des instruments de musique et de leurs interprètes.

Sans parler de la création vidéo de Gabriele Alessandrini qui pour les Quatorze manières de décrire la pluie de Hanns Eisler donne à voir l’apparition et la disparition – graphisme numérique – de taches noires et de couleur sur fond blanc entre abstraction et figuration, images d’archives du Japon traditionnel et modernité.

Un moment d’attention délicate pour un drame musical qui « éblouit » le spectateur – écoute musicale, théâtre de bunraku, jeux d’ombres et de lumières, vie et tragédie.

Véronique Hotte

Athénée – Théâtre Louis-Jouvet, du 24 au 31 mars, les 29, 30 et 31 à 20h. Tél : 01 53 05 19 19

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