Soudain l’été dernier de Tennessee Williams, traduction Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig

Crédit photo : Elizabeth Carecchio

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Soudain l’été dernier de Tennessee Williams, traduction Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig

 Qu’il s’agisse des œuvres d’Ibsen, de Pirandello, d’O’Neill ou de Williams avec lesquelles le metteur en scène Stéphane Braunschweig, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, a frayé avec talent, un même courant théâtral se distingue, une quête « humaine » de vérités psychiques entrelacées fort aux réalités sociales.

La pièce de Tennessee Williams Soudain l’été dernier – le film mythique de Mankiewicz inscrit dans les mémoires – donne à voir la fin tragique d’un fils de famille américain, loin de chez lui, à Cabeza de Lobo, station balnéaire espagnole.

Cette mort – l’effroi qu’elle provoque – parcourt le récit fantasmé de la jeune cousine horrifiée, présente aux côtés de la victime au moment du drame, puis internée par la mère du disparu car celle-ci rejette la version qui ferait de son fils un prédateur d’enfants. La mère fait d’ailleurs appel à un psychiatre pour lobotomiser sa nièce.

A la violence de la mère harcelant les jeunes gens – fils et nièce – répond la violence du fils – bourreau à son tour, et victime finale, soit la violence récurrente du monde.

Psychanalyse à deux sous d’un théâtre américain un peu désuet qui pourtant n’en laisse pas moins affleurer des images fortes et colorées à connotation mythologique.

Le fils est absent de la scène, mais chacun des personnages va tenter de le cerner pour lui donner vie et qu’il hante à la fois le plateau et l’imaginaire éveillé du public, d’un souvenir l’autre, d’un fragment de discours l’autre – fantasme, vision ou rêve. L’énigme se nourrit de fils noués et entremêlés qui ne semblent pas pouvoir se lever.

Or, la figure du poète incompris et assassiné s’élève symboliquement sur son piédestal : « Sa vie était son métier … parce que le travail d’un poète c’est sa vie. »

La mère, via l’écriture de Williams, se réapproprie la posture visionnaire de l’artiste, décrivant la puissance évocatrice des images saisies lors d’un voyage commun.

La fascination exercée par exemple par la plage des Galapagos où des tortues à peine écloses sont dévorées – loi du plus fort oblige – par des oiseaux carnassiers.

En écho à ces mises à mort, l’image de terreur d’enfants affamés qui cette fois-ci ne vont pas se faire dévorer mais vont se jeter en guerriers sur leur proie humaine.

Le décor d’un tel univers s’apparente à celui d’une jungle – le jardin filial tropical de la propriété – fougères géantes et lianes de plantes grimpantes – au paysage morbide de fin du monde – chemin d’ascension ardue sous l’ardeur à blanc d’un soleil cru.

Le volume scénique s’élève loin dans les hauteurs sous un jeu vertical de tombées de tiges et de fleurs exotiques colorées, un paysage de cordes hissées à la Tarzan.

Sur le plateau, s’impose ainsi l’atmosphère d’une terre végétale foisonnante d’avant l’humanité qui fait apparaître métaphoriquement – belle prémonition instinctive –la verticalité des lambeaux découpés des restes humains – drôle d’exposition mortifère.

Avant la mort physique, les fous – poètes et inadaptés – pourraient évoquer ce peuple méprisé de « restes mentaux », figures que frappe la souffrance psychique.

La mise en scène précise, attentive et soignée offre au spectateur un paysage insolite sur un plateau de théâtre qui suggère l’emprise d’un extérieur redoutable.

Les acteurs dirigés magistralement accomplissent leur métier dans la grâce.

Luce Mouchel qui joue la mère et Marie Rémond la nièce, incarnent de grandes ennemies vengeresses, autorité raide d’un côté et fragilité dubitative de l’autre.

Véronique Hotte

Odéon – Théâtre de l’Europe (6è), du 10 mars au 14 avril. Tél : 01 44 85 40 40

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