Un amour impossible, d’après le roman de Christine Angot (Editions Flammarion 2015 et Editions J’ai lu), adapté par l’auteur, mise en scène de Célie Pauthe

Crédit Photo : Elisabeth Carecchio

photo_a_utiliser

Un amour impossible, d’après le roman de Christine Angot (Editions Flammarion 2015 et Editions J’ai lu), adapté par l’auteur, mise en scène de Célie Pauthe

La femme de lettres  Christine Angot s’est interrogée longtemps sur la nature du lien tissé avec sa mère, puisant loin au fond d’elle-même – « intime, politique, social, physique, l’instant et ce qui est permanent… » – pour écrire Un Amour impossible en restituant au plus précis et juste à la fois la présence de la mère et la folie tragique du monde.

A la demande de la metteure en scène Célie Pauthe, directrice du CDN Besançon Franche-Comté, Christine Angot adapte son roman pour la scène, rédigeant des scènes dialoguées illustrant sur le plateau la relation maternelle et filiale aux différents âges : enfance, adolescence et maturité. Les lieux diffèrent également, de la zup des origines à Châteauroux dans les sixties jusqu’à l’appartement rémois des seventies, et l’appartement parisien de Christine dans les années 2000. Films projetés sur l’écran du lointain et coups de téléphone signent un présent immédiat.

Le père est un Parisien bourgeois, polyglotte et lecteur de Nietzsche, et la mère est provinciale, issue d’une famille modeste juive, et employée à la Sécurité Sociale. Ils s’aiment, et le père consent à ce que Rachel, sans qu’il l’épouse, ait un enfant. Christine ne portera le nom de son père que bien plus tard, à la demande maternelle.

D’un côté, tandis que le père est retourné vivre à Paris, Christine grandit seule avec Rachel, figure de mère naturellement valorisée, représentant le premier objet d’amour, source de sentiment filial intense jusqu’à l’excès enjoué de la possession.

De cet élan mutuel qui lie mère et enfant prennent sens les affections qui suivront :

« Peut-être n’y a-t-il pas plusieurs amours. Peut-être n’est-il qu’un seul amour… » (François Mauriac)

L’attachement fusionnel à la mère rejoint l’attachement existentiel, douceur, nostalgie et tendresse, et aimer sa mère revient à s’aimer soi. La mère donne la vie et protège l’enfant, semblant accéder à une perception plus fine des sous-entendus du monde.

Or, la mère a failli dans sa sauvegarde, n’ayant pas su deviner la détresse de sa fille.

De l’autre côté en effet, Christine fait peu à peu connaissance avec un père qui l’enchante de ses biens et de sa culture mais n’est pas « bien » lui-même, dira-t-elle.

« Pourquoi tu n’as rien vu ? », demande la fille à la mère qui lui répond : « Je peux te dire que toute ma vie je le regretterai…J’avais perdu confiance en nous. »

Félon et traître est celui qui se livre au viol – outrage incestueux sur sa fillette dans la négation entre autres de l’existence des générations, dans un acte commis par la contrainte sous la violence physique et la pression psychologique : une entreprise radicale et sauvage de dévalorisation des sentiments et de l’érotisme.

Christine éprouvera par la suite des difficultés récurrentes à s’attacher à l’autre.

Sur le plateau, entre les scènes, des accessoiristes vêtus de noir disposent patiemment meubles et chaises, déplient des nappes blanches repassées et dressent des tables d’hôtel dans un silence feutré, tandis que résonne la tension de l’horreur subie par la fillette qui ne comprend ni l’acte paternel ni le silence maternel.

Métaphore de la désolation égarée de la mère et de la fille, la mise en scène un peu perdue dans un espace trop vaste n’en reste pas moins efficace, donnant à entendre l’inouï qui provoque rejet et réprobation unanimes, face à la loi non seulement des mâles instinctivement dominateurs mais à celle des hommes trop sûrs d’eux-mêmes socialement et dont la classe prétendument supérieure intimide les moins pourvus.

La femme – et l’enfant de la femme encore – est utilisée pour mieux soumettre et humilier une communauté de classe ou d’origine appréciée comme subalterne.

Maria de Medeiros joue la fillette, l’adolescente et la jeune femme à merveille, se coulant d’un temps à l’autre, de références à d’autres, dans une même souffrance.

Quant à Bulle Ogier, elle reste soi, la mère intouchable et la femme qui sait exister.

Véronique Hotte

Ateliers Berthier 17é, Odéon – Théâtre de l’Europe du 25 février au 26 mars. Tél : 01 44 85 40 00

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s