Le Cas Sneijder, d’après le roman Le Cas Sneijder de Jean-Paul Dubois (Editions de l’Olivier 2011 et Editions Points), mise en scène de Didier Bezace

Crédit Photo : Nathalie Hervieux

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Le Cas Sneijder, d’après le roman Le Cas Sneijder de Jean-Paul Dubois (Editions de l’Olivier 2011 et Editions Points), mise en scène de Didier Bezace

 Seul survivant à quatre autres passagers défunts, Paul Sneijder est la victime rare d’un accident d’ascenseur tant inopiné que terrible qui lui a encore fait perdre sa fille.

L’image d’effroi – le souvenir mortifère de la chute dans le vide de l’espace confiné – ne peut s’effacer d’une mémoire à vif qui ne cesse – compulsion instinctive – de remonter le fil macabre des événements arrêtés à jamais dans une horreur totale.

Un drôle de Cas que cet homme blessé qui ne porte nulle autre attention au monde alentour – épouse, enfants et activité professionnelle -, si ce n’est à d’obscurs calculs scientifiques – schémas et graphiques – auxquels il s’adonne, figeant sur les murs le dessin à la craie de la course tragique des fils mécaniques hissant ou abaissant dans l’ébranlement des poulies l’engin fatal et traître dont la chute n’était pas programmée.

Une vision obsessionnelle dont les hypothèses ne font que démontrer l’impossibilité de l’accident grâce aux calculs de probabilité, la preuve donnée d’un temps absurde.

L’ingénieur Schneijder a décidé de ne plus faire partie des battants ni des conquérants, à l’image des hommes enclins à la position verticale – station debout et port digne de soi offerts à l’admiration subalterne des autres et du monde.       Bannie ainsi la figure complaisante et discutable de la réussite et de la gloire – poste à responsabilité, rémunération financière, vie aisée de confort -, car il n’est pas de champ d’honneur sur lequel peut se déployer une victoire fausse, formatée et inique, que les conventions accordent certes, mais en déconsidérant les moins chanceux.

Paul revendique la place de ceux-ci que l’on moque, les laissés-pour-compte et les marginaux, et le voilà embauché en tant que promeneur et compagnon de chien.

Avec la nature canadienne – rue, sentiers et chemins – comme espace d’ouverture et d’espoir -, contre les quelques mètres de survie respiratoire d’un ascenseur lambda.

La mise en scène de Didier Bezace est précise, efficace, comme coupée au cordeau. La brume envahit l’obscurité du plateau quand le protagoniste malheureux se replie sur lui-même et sur ses pensées – des paroles intérieures fortes que les micros HF projettent dans le vaste volume de la salle de l’Atelier où se tient le public de spectateurs. Ainsi, Paul est un peu plus proche de nous : nous avons tous un peu de ce Cas en nous, nous reconnaissant dans cette amertume ou ce mécontentement proférés et que nous gardons celés pourtant par bienséance en notre for intérieur.

Sont répertoriés dans le cahier de doléances personnel de l’anti-héros, le rejet de l’épouse qui ment et a un amant, satisfaite de sa position sociale ; le mépris des fils jumeaux toujours absents et ne s’adressant à leur père qu’avec condescendance au téléphone ; la volonté libre de ne pas porter plainte contre la société des ascenseurs.

L’avocat de la société « coupable » et « responsable » est sympathique à la victime.

Didier Bezace dans le rôle a toute la faconde requise et le plaisir d’être lui-même. Thierry Gibault en éleveur populaire de chiens diffuse ses ordres en les aboyant. L’épouse Sylvie Debrun joue les épouses indifférentes, distantes et inattentives. Morgane Fourcault qui incarne la fille aimée de Schneijder est pleine de vie joyeuse.

Quant à la personne du Cas Sneijder dont le rôle revient à Pierre Arditi, il en épouse la dégaine et l’esprit à merveille, simulant un désenchantement pesant, toujours pessimiste ou mélancolique, moqueur ou ironique à souhait et éternellement déçu.

L’humanité – sensibilité et esprit – semble déserter un monde qui ne plaide que pour la réussite, le succès, les honneurs et la gloire, une vraie levée d’armes de pacotille, alors qu’il suffirait parfois de faire une pause – station assise ou gisante – pour marquer un arrêt le long d’une course folle, un retour à soi bienfaisant et salvateur.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Atelier Paris, du 21 février au 22 avril, du mardi au samedi à 21h, matinées samedi à 16h et dimanche à 15h. Tél : 01 46 06 49 24

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