Je n’ai pas peur, d’après le roman de Niccolo Ammaniti (Edit. Grasset- 2001), adaptation, mise en scène et scénographie de Martial Anton et Daniel C. Funes

Crédit photo : Daniel Calvo Funes

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Je n’ai pas peur, d’après le roman de Niccolo Ammaniti (Edit. Grasset- 2001), adaptation, mise en scène et scénographie de Martial Anton et Daniel C. Funes

Accents italiens chantants, joie rayonnante de vivre durant de longues vacances estivales qui ne semblent guère finir, courses libres dans les champs saturés de soleil loin du regard des parents occupés par leurs soucis d’adultes, les enfants Michele et Maria ont maille à partir avec leur propre équipée ou leur petit duo – le premier est le frère aîné et la seconde est sa petite sœur qui ne le lâche pas d’une semelle. « Comment gagner dans ces conditions la course avec les copains et copines du village ? », se demande Michele, garçon vif, adroit et vainqueur souvent. Le coureur a dû faire machine arrière pour retrouver Maria qui a chuté et cassé ses lunettes.

Le ragazzo n’est arrivé qu’avant-dernier mais récupère tout de même les gages du dernier arrivé, une petite fille dont tous se moquent méchamment : Michele veut instinctivement la sauver des désirs scabreux auxquels des plus durs à cuire voudraient la soumettre. Ce garçon-là a une tendance à la gentillesse et à l’empathie qui le perdra dans un monde cruel qui n’écoute pas les âmes en peine et se moque des fragilités de chacun, d’autant que les familles villageoises sont loin de vivre dans l’opulence.

De fil en aiguille, parti explorer une maison abandonnée qui fait peur et donne l’effroi – un gage reçu -, le vaillant héros de l’aventure découvre par hasard une trappe qui le mène à un autre enfant de son âge, Philippo, enlevé par la mafia et abandonné. Nous ne dévoilerons pas l’histoire, si ce n’est qu’y sont impliqués les propres parents de Michele – une vraie sale affaire.

Dilemme cornélien – choisir l’honneur de clan dû aux siens et se taire, ou bien sauver l’innocent – un autre soi-même – et agir en garçon qui a foi en l’humain ? La réalité est dure et sèche comme le soleil qui n’épargne personne en Italie du Sud. L’ombre est celée dans les maisons où la mère repasse au son festif des chansons populaires, attendant son époux qui fait affaire avec on ne sait qui, un certain Sergio peu recommandable.

La mise en scène de la compagnie Tro-héol – à travers Martial Anton et Daniel C. Funes, tous deux adaptateurs, metteurs en scène et scénographes – est absolument inventive et créative, jouant de la gouaille italienne, d’un parler populaire à couper au couteau – moqueur, ironique et cru parfois – et d’une façon de vivre pleine de gaieté, une belle liberté au milieu d’une pauvreté certaine mais relative.

Les marionnettes manipulées par les acteurs-marionnettistes – des interprètes passionnés- sont émouvantes de vérité et de hargne – joie et cruauté, douceur et âcreté. L’enfance avec ses couleurs et ses ombres est comme mise à nu, livrant ces poupées énergiques et mordantes à la folie du monde et au public émerveillé de tant de vitalité et de goût à vivre.

Frédéric Rebiere, Daniel C. Funes et Isabelle Martinez sont des artistes de la manipulation, coulant leur être et leur parole dans l’objet même de l’effigie – la continuation de leur personnage.
Ils jouent les enfants mais aussi les adultes, le père et la mère ; le fis, la fille, les méchants camarades et les intrus, comme ce vieux Sergio ambigu.

Quelques planches de bois en forme de trapèze se balancent dans les airs, des poulies les hissent ou les rabaissent : les espaces sont multiples et ouverts – la course essoufflée sur la colline, la chute dans une trappe insoupçonnée, les stations inopinées au-dessus du vide, l’énergie de jeunes êtres en pleine croissance. Quant aux parents – acteurs et marionnettes dont l’interprétation ne fait qu’une -, ils sont vifs et vivants, chaleureux ou durs, aimant leurs enfants d’un amour presque animal.

Michele est le narrateur de son aventure initiatique, du passé au présent, conscient des conséquences d’une expérience inique réservée pourtant à des adultes et que l’enfant s’est réappropriée par hasard en défendant, en dépit de tout, une profonde affinité avec les valeurs de l’existence. Le public des enfants à partir de 10 ans – et des enfants de jadis que sont les adultes d’aujourd’hui – en prend plein la figure d’une vraie vie de violence où se mêle attrait et répulsion, amitié forte et carnage.

Bravo pour tous les héros en herbe qui s’ignorent dans la vie de tous les jours.

Véronique Hotte

Théâtre Gérard Philipe, CDN, St-Denis, du 22 au 24 février. La Garance, Scène Nationale, Cavaillon, les 7 et 8 mars. Théâtre Massalia, Scène Conventionnée, Marseille, les 10 et 11 mars. Théâtre des marionnettes de Genève, du 14 au 18 mars. Maison des arts du Léman, Scène Conventionnée, Thonon-les-Bains, les 22 et 23 mars. Le Trident, scène nationale, Cherbourg, du 28 au 31 mars. Théâtre Gérard Philipe, Scène Conventionnée, Festival Geocondé, Frouard, les 23 et 24 avril. Halle aux grains, Bayeux, les 26 et 27 avril. Théâtre, Duclair, le 28 avril. Les Champs de foire Plabennec, les 30 avril. Cc du Bocage mayennais , Gorron, le 16 mai.  Cc d’Erdre et Gesvres, Grandchamps-des-Fontaines, du 18 au 20 mai. Théâtre des Bergeries / Le Mouffetard, dans le cadre de la Biennale des arts de la marionnette, Noisy-le-Sec, le 23 mai.

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