Neige, texte de Orhan Pamuk, mise en scène de Blandine Savetier, adaptation théâtrale Waddah Saab et Blandine Savetier avec l’aide amicale de Orhan Pamuk

Crédit : Jean-Louis Fernandez

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Neige, texte de Orhan Pamuk, mise en scène de Blandine Savetier, adaptation théâtrale Waddah Saab et Blandine Savetier avec l’aide amicale de Orhan Pamuk

 Kar (2002, Neige, 2005), roman visionnaire de Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature 2006, évoque les années 1990 en Turquie tiraillée entre islamisme et laïcisme.

Du coup, les questions de l’Orient ottoman/musulman et de l’Occident, de la tradition et de la modernité, se tiennent en Turquie contemporaine sur un terrain « miné », selon l’auteur, par un sentiment collectif de honte entre fierté, colère et échec. Or, Neige révèle aussi la réalité sous les auspices de la foi, l’amour, l’espérance, la liberté et l’art.

Bleu – l’acteur Sava Lolov dans le rôle inquiétant et perçant de terroriste potentiel -, étudiant d’extrême-gauche rallié à l’islamisme, figure ambiguë dans la mise en scène déterminée de Blandine Savetier, dit son malaise d’exilé turc en Allemagne : « Le plus souvent l’Européen n’humilie pas. C’est nous qui nous humilions en le regardant… »

De son côté, le protagoniste Kar incarné par Sharif Andoura – posture méditative et solaire assumant le poids des débats actuels -, poète turc exilé à Francfort, se rend dans le nord-est turc, à Kars, naguère ville-frontière entre empires ottoman et russe.

Recruté par un journal d’Istanbul, il enquête à Kars sur le suicide de jeunes femmes voilées, apparemment soumises à des pressions, tandis que le parti islamiste est sur le point de remporter les élections municipales ; l’enquêteur en suit de près les préparatifs.

Le poète espère retrouver lors de ce retour la belle Ipek (Mina Kavani) dont il a toujours été amoureux et qui vient de divorcer. Son mari – ami de Kar – se présente, à son grand étonnement, en candidat à l’élection présidentielle sous l’étiquette du parti islamiste :

« Les hommes s’adonnent à la religion et les femmes se suicident. Pourquoi ? », dit Ka.

La neige – source de l’inspiration poétique retrouvée de Ka – s’abat sur Kars, empêchant les communications et enfouissant la ville dans l’oubli. Surgit le théâtre des hommes et du monde dans la ville déchirée par les conflits politiques et personnels – théâtre dans le théâtre et images projetées d’enneigement et d’espaces blancs.

Républicains laïcs et islamistes conservateurs gravitent autour du poète insaisissable : Kadife (Julie Pilod), sœur d’Ipek, libre puis devenue femme voilée ; l’acteur égaré Sunay Zaim (Philippe Smith) qui fait un putsch militaire au théâtre pour réprimer les islamistes.

Ka, tel l’auteur de Neige, vit une posture de marginalité face au monde – mélancolie et nostalgie -, repli sur soi et errance obligée face à la disparition d’un ordre ancien caduc.

La neige – vision et imaginaire – est un spectacle de blancheur qui ouvre à la création.

La première partie de la représentation sur le retour du poète chez les « siens » est plutôt vive et bien enlevée, tel un volet pédagogique qui explicite clairement les conflits.      Le comique de Raoul Fernandez – au-delà les instants tragiques – apporte une belle théâtralité ; Cyril Gueï, Irina Solano et Souleymane Sylla sont des comédiens fougueux.

Tout bascule – sens propre et sens figuré – quand Sunay Zaim, acteur illuminé, militant fanatique de la laïcité, choisit le terrorisme actif en plein spectacle – tueries et saccages.

L’événement filmé et projeté sur écran vidéo – scène donnée certes comme grotesque et farcesque – souffre de sa violence banalisée, reproduite sur les écrans du monde avec sang versé : l’effet scénique ne passe plus sans le risque du mauvais goût.

L’effroi inutile produit met ensuite à mal toutes les intentions louables, du coup décalées.

Mais le spectacle, inscrit dans la réalité politique et sociale actuelle, retient l’attention.

Véronique Hotte

Théâtre National de Strasbourg, Espace Grüber, du 1er au 16 février. Tél : 03 88 24 88 24. Le Bateau Feu Dunkerque, le 14 mars. Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 18 au 28 mars. La Criée – Théâtre National de Marseille, du 26 au 28 avril. Le Liberté- Scène Nationale Toulon, les 11 et 12 mai.

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