L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner, traduction Laurent Barucq, adaptation Evelyne Loew, mise en scène Robin Renucci

Crédit Photo : Jean-Christophe Bardot

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L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner, traduction Laurent Barucq, adaptation Evelyne Loew, mise en scène Robin Renucci 

L’OPA, offre publique d’achat, est un terme économique et financier passé de nos jours dans les mœurs langagières, présence familière aux infos de media tapageurs d’une société libérale du spectacle, devenu fâcheusement banale et courante.

Le terme correspond à la procédure d’acquisition capitaliste des parts d’une société cotée en Bourse où l’acquéreur fait connaître publiquement aux détenteurs des titres ses réelles intentions d’achat.

Jerry Sterner (1938-2001), homme d’affaires et dramaturge américain, est célèbre pour sa pièce Other People’s Money L’Argent des autres – (2000), adaptée en 2009 en France et mis en scène, entre autres, par Daniel Benoin.

A son tour, l’acteur et metteur en scène engagé Robin Renucci, directeur du CDN – Les Tréteaux de France – monte ce facétieux Avaleur, adapté par Evelyne Loew.

Cette satire du processus d’OPA et des relations entre la finance et l’industrie offre le face à face de deux bretteurs que tout oppose dans leurs valeurs réciproques.

D’un côté, une entreprise plutôt tenace et florissante , le Câble français de Cherbourg, dont le président directeur général et son assistante sont des cadors fiers de leur parcours – soit vingt-huit ans de direction au-delà des crises et du temps.

Le câble – la communication du deuxième millénaire avec ses milliers de kilomètres sinuant sous les mers – est l’orgueil d’une génération détentrice de biens actifs.

De l’autre, se tient l’acheteur, trader à la City, nouveau riche qui accumule allers et retours entre bureau londonien et « trou » méprisé d’un port normand pas assez fun.

Le grotesque financier – effigie vivante démesurément grossie dont les gestes baroques fraient avec le fantastique et les rêves ou les cauchemars – agit en Satan, profanateur des valeurs humanistes – valeurs collectives de travail, de partage et de reconnaissance des travailleurs pour lesquels l’entreprise doit se mettre en quatre. L’Avaleur prend de plus en plus sûrement le contrôle des parts de l’entreprise.

Cette mainmise rigoureuse, patiente et sans remords sur le « Câble français » aboutira au                                                                                                                                                                                                                                                                          rachat ultime tant redouté. Avant, il y aura eu le suspens policier, les mystères et les énigmes, l’attente de lumières puisées en soi mais illusoirement salvatrices. La fille de l’assistante, avocate dans un grand-groupe, vient en aide au Câble. Contre son gré d’abord, elle défend peu à peu la vieille entreprise pour tenir tête à l’Avaleur.

Robin Renucci incarne le directeur exécutif de l’entreprise, lucide et clairvoyant sur le libéralisme contemporain des années 2000 qui emporte économiquement tout sur son passage, commentant l’histoire, refusant de céder au profiteur – un « voleur ».

Cet Avaleur – avide d’argent, de pouvoir et servant le désir de posséder et d’avoir – est interprété par Xavier Gallais en clown qui fanfaronne, sûr de son pouvoir, et s’amusant sans frein de sa posture dominatrice. Figure burlesque démesurée, comme gonflée et prête à prendre son envol, l’Avaleur dit ne pas réfléchir, il fonce droit vers son objectif, éludant la réalité sociale et quotidienne des salariés de l’entreprise, ignorant la transmission efficace des réseaux, regrettant douloureusement de ne pas « vivre » vraiment ni « être »finalement.

Cynisme, rire grinçant, amertume, les opposants ne peuvent s’entendre, mais les loufoqueries de l’Avaleur en marionnette tiennent à distance la gravité ou le drame.

Et puisqu’il ne fallait en aucun cas par bienséance glisser dans la tragédie, la comédie rayonne, jouant des grimaces du Grand Méchant Monstre d’un côté, tout en accordant sa mesure aux sentiments amoureux prêts à naître entre les financiers.

Une mise en scène à la fois didactique et enjouée qui sert au plus près la compréhension d’une réalité économique déconcertante. Saluons la verve de Nadine Darmon, Marilyne Fontaine, Xavier Gallais, Robin Renucci et Jean-Marie Winling.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, du 31 janvier au 18 février. Tél : 01 47 00 25 20

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