F(L)AMMES, Face à leur destin épisode II Les Filles, textes et mise en scène de Ahmed Madani

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F(L)AMMES, Face à leur destin épisode II Les Filles, textes et mise en scène de Ahmed Madani

 Après Illuminations, un premier volet exclusivement masculin du triptyque Face à leur destin, le spectacle F(l)ammes d’Ahmed Madani initie un second volet Les Filles, donnant la parole à des jeunes femmes, comédiennes non professionnelles issues de quartiers populaires et de l’immigration – formulation identitaire désuète et courte qui n’en désigne pas moins, de façon précise, des lieux d’exclusion et de relégation.

L’équipe exclusivement féminine a pris forme au cours de stages-auditions menés patiemment sur différents territoires, à Mantes-la-Jolie, Paris, Sevran, Créteil, Amiens, Briançon …durant deux années.

Ces dix femmes nées de parents immigrés sont traversées d’identités multiples – sensibilité existentielle, désir de s’exprimer et se comprendre, danser, rire et jouer.

L’auteur et le metteur en scène Ahmed Madani, avec Mohamed El Khatib, complice artistique, a prévu qu’ « Ecrire F(l)ammes, c’est prendre en considération la matière humaine dont sont pétries les protagonistes de cette aventure. Ainsi le premier pilier dramaturgique de l’écriture sera le travail de collectage in situ. »

Sont volontairement mises à distance les trop bruyantes analyses politiques, sociologiques, ethnologiques, démographiques et historiques qu’alimentent les média, pour laisser advenir enfin les doutes de ces jeunes femmes, comme les belles promesses qu’elles recèlent intimement – leur propre quête identitaire.

Pour le spectateur, la topographie de cette réalité féminine s’articule autour de l’observation d’une certaine façon d’être au monde – rêves et espoirs, peines et joies.

La grâce du spectacle tient à ce que ces femmes « sont » positivement sur scène, ne s’appliquant ni à faire, ni à mimer, ni à interpréter un rôle distant, une figure jouée.

Originaires récemment ou lointainement d’Afrique, du Maghreb ou des Caraïbes, elles sont « afropéennes », nées et vivant en France, Françaises et fières de l’être.

D’où un ample vent solaire qui souffle sur la scène et accorde sa tonalité radieuse.

Nulle haine, nulle hargne, nul ressentiment, au-delà des humiliations subies depuis l’enfance par l’arrogance à relent colonial des dominants traditionnels de peau blanche. Ces jeunes femmes sont graves quand elles racontent leur prime jeunesse, éprouvées aussitôt comme différentes – couleur de peau, culture, tradition et religion.

Mais elles formulent librement maux et souffrances, consentant à évoquer les maltraitances morales subies par l’indifférence, si ce n’est l’ignorance ou le mépris.

Or, l’intuition d’être à la fois autre et même qui provoque la douleur du mal-être – une non-reconnaissance suivie du sentiment oppressant d’une non-existence -, est vécue à l’extérieur à l’école ou dans la rue comme à l’intérieur dans le cocon familial.

Les tensions peuvent ainsi tenir à des oppositions de générations ne partageant pas les mêmes perspectives d’avenir ou la même qualité ou liberté de vie recherchée.

Avoir des enfants comme sa propre mère et ne plus vivre que pour eux, obéir plus ou moins à un « chef de famille » ou vivre seule et séparée de son conjoint, il faut réfléchir davantage que sa propre mère avant de se vouloir trop vite mère.

Les souvenirs affleurent, rayonnant d’un bonheur de vivre qu’on n’entame pas : le père ouvrier chez Renault qui conduit ses enfants au musée, un autre qui inscrit sa fille dès son plus jeune âge au cours de karaté pour savoir se défendre contre le viol – elle se retourne un jour contre ce père qui refuse que le petit frère aide la fillette aux tâches ménagères. Une autre reste attentive à la mémoire de sa grand-mère algérienne qui lui faisait si bien la cuisine, une autre avoue que l’art est tout pour elle.

Ludivine Bah sait qu’on l’associe de par sa couleur de peau à une « sauvage » – mot qui désigne finalement celui qui vient de la forêt, ce que l’étudiante revendique en souriant. Le vidéaste Nicolas Clauss projette sur le grand écran du lointain les portraits successifs en gros plan ou en pied des jeunes femmes posant dans les feuillages verts et frais d’arbres profus et généreux d’une forêt quelconque.

Entre solos et monologues auxquels chacune s’adonne avant de retrouver sa place sur une chaise rangée, toutes se glissent dans des pas de danse collective, les expressions multiples d’un langage corporel à soi inscrit dans le chœur composé.

Haby N’Diaye raconte avec émotion l’histoire de son excision, à quatre ans – acte qu’on lui a caché et qu’elle a deviné, seize années plus tard. Et sa sœur, de même.

Comment une mère a-t-elle pu agir ainsi ? Le mystère reste entier pour elle.

Une performance solaire qui fait entendre celles qui n’ont jamais voix au chapitre.

Véronique Hotte

MAC, Maison des Arts Créteil, du 26 au 28 janvier, puis tournée en région jusqu’à fin avril.

Théâtre des Halles à Avignon, juillet 2017

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