Ce qui nous regarde, conception et mise en scène de Myriam Marzouki, d’après des extraits de textes de Alain Badiou, Patrick Boucheron, Virginie Despentes, Sébastien Lepotvin, Myriam Marzouki, Pier Paolo Pasolini et Mathieu Riboulet

Crédit photo : Vincent Arbelet

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Ce qui nous regarde, conception et mise en scène de Myriam Marzouki, d’après des extraits de textes de Alain Badiou, Patrick Boucheron, Virginie Despentes, Sébastien Lepotvin, Myriam Marzouki, Pier Paolo Pasolini et Mathieu Riboulet

La question posée par le spectacle Ce qui nous regarde de Myriam Marzouki ne concerne pas tant les raisons pour lesquelles telle femme porterait le voile, mais le regard même que la société française – imaginaire contemporain – concède de manière immédiatement affective à l’image si apparemment étrange de la femme voilée. Un sentiment d’affront – peur, fascination, rejet, curiosité, incompréhension.

Le voile n’est qu’un morceau d’étoffe destiné à cacher le visage d’une femme ou le front et les cheveux, une partie du corps ou le corps entier pour un motif religieux.

Autrefois, on entrait en religion pour se faire servante de Dieu, et « prendre le voile ».

Le voile islamique est soit foulard, hidjab, tchador et à l’extrême, burka.

L’un des personnages du spectacle est une étudiante en droit qui décide un beau jour de porter le voile au grand dam de son père athée, éclairé mais incompréhensif.

L’effervescent Rodolphe Congé qui interprète tous les hommes est très convaincant.

Louise Belmas dans le rôle de la fille portant « librement » le hidjab noir offre au public une figure de sportive vindicative, extrêmement intense, qui s’entraîne en se battant contre un adversaire invisible, avec des gants de boxe d’un rouge écarlate.

L’image – mouvements et figures gestuelles – de ces pas dansés arrête le regard du spectateur qui s’interroge sur la pensée intime de la boxeuse.

La fille – toutes les filles -, portant pantalon et t-shirt, pose la question de la nudité – une posture à considérer autant que celle du port du voile – ; la jeune femme explicite son point de vue en passant à l’exercice pratique de se dénuder les seins.

La comédienne s’agenouille, animale, et joue la femme « libérée » sexuellement.

La nudité féminine n’est-elle pas le sésame obligé que les magasines de mode ou les encarts publicitaires – parfums, voitures ou bijoux de luxe – offrent aux lecteurs ?

Le consumérisme réduit la femme à un objet – abus de sociétés dont la référence est mâle.

« La femme nue, c’est le ciel bleu. Nuages et vêtements font obstacle à la contemplation. La beauté et l’infini veulent être regardés sans voiles », écrit Hugo.

L’auteure et metteur en scène Myriam Marzouki, philosophe, athée et féministe, pousse loin l’exploration des imaginaires collectifs – affects, fantasmes, héritage pesant d’une histoire coloniale –, soit l’analyse intuitive de ce qu’un corps ressent face à un autre qui lui dissimule une partie conventionnellement visible de lui-même.

La question du voile – sans réponse – reste ouverte : s’égrènent autant de points de vue variés que d’époques. Photos, documents et archives se succèdent subtilement.

Quelques bribes de la vidéo du discours de Nasser en 1953 qui se moque du port du voile, contre la demande des Frères musulmans. Photos d’ancêtres ukrainienne et tunisienne au petit foulard de la metteure en scène, photos de femmes algériennes dépossédées de leur voile par les tenants de l’Algérie française au début des années 60, vidéos de femmes voilées et atterrées après l’attentat de Charlie, refrains de L’Epitre aux Corinthiens de Saint-Paul déclamés et chantés par Rodolphe Congé.

Théâtre dans le théâtre enfin avec la présence, à l’intérieur d’une alcôve installée en fond de plateau, de l’élégante Johanna Korthals Altès pour un tableau atemporel des vanités, longue robe et chevelure abondante, miroir, bougie et crâne sur la table.

Durant ces scènes tendues de jeu vif et de théâtre ludique – allers et retours du plateau à l’écran ou au tableau, résonne la musique du Libanais Waël Koudaih (Rayess Bek), compositeur, chanteur, performeur – de l’électro au rap, entre sonorités musicales occidentales et arabes. Un rythme sûr et enthousiaste.

Le voile est à réinscrire dans son contexte car il est porté par une femme certes, mais pas n’importe où : dans un quartier, une communauté, une appartenance que l’on accepte ou que l’on n’accepte pas, une réalité sociale qui reste à décrire.

Le spectacle ardent est tendu par sa cause – le respect dû à la femme – et par l’affirmation de ne pas sursignifier le voile comme seul outil d’enfermement féminin.

Véronique Hotte

Théâtre de L’Echangeur à Bagnolet (présenté par la MC93 tél : 01 41 60 72 72 et le Théâtre de l’Echangeur tél : 01 43 62 71 20), du 24 janvier au 9 février.

Festival Reims Scènes d’Europe, Comédie de Reims, le 11 février.

Théâtre Nouvelle Génération à Lyon, du 15 au 17 février.

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