L’Homme de Hus, un spectacle de et avec Camille Boitel, sur une idée originale de Bénédicte Le Lamer et Camille Boitel

Crédit Photo : Olivier Chambrial

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L’Homme de Hus, un spectacle de et avec Camille Boitel, sur une idée originale de Bénédicte Le Lamer et Camille Boitel

 Camille Boitel est un artiste de cirque accompli, un équilibriste inventif, à la fois acrobate, danseur, comédien et musicien – une figue scénique quelque peu décalée.

Burlesque, grotesque et comique, ce clown amateur de « jamais vu » est Inattendu, caractéristique qui a donné son nom à l’un de ses spectacles miraculeux et piquants. Camille Boitel incarne L’Homme de Hus – titre-éponyme de son spectacle (2003).

« Travailler sur le burlesque est déjà une forme de critique sociale : il s’agit de prendre un système, quel qu’il soit, et de le faire s’écrouler », commente l’auteur et l’acteur d’une écriture de cirque inénarrable, rayonnante, amusée et facétieuse.

L’Homme de Hus – drôle de nom – fait référence à la préhistoire de l’humanité, à l’homme qui ne serait qu’un un animal nu, un vivant parmi d’autres, hors civilisation.

Et la création artistique consiste alors à déconstruire et à démolir patiemment ce que l’homme contemporain tenterait d’édifier ou de construire pour sa propre superbe, une superbe un peu courte, selon l’interprète qui joue à révéler l’humaine existence.

Camille Boitel est seul en scène à se débattre avec tréteaux et planches de bois pour tenter d’en faire une table sur laquelle sa stature posée puisse trouver un équilibre.

Un projet illusoire car rien ne tente moins l’artiste que l’attendu et le conventionnel.

C’est plutôt dans le hors-norme que l’interprète du plateau se définirait. Le corps élevé de l’homme – debout et portant une robe, à la façon d’une statue en pied, pourra osciller quelque temps et balancer avant de trouver sa chute inévitable.

Robe rouge, puis robe blanche d’abord – simplicité de deux parures féminines successives qui correspondent à la souplesse de l’acrobate qui évolue avec aisance et agilité, au-delà même de l’affrontement rude et rudoyant avec les objets du quotidien, les accessoires de la vie.

Enfin robe noire volumineuse qui enferme une marionnette – le comédien, ou peut-être deux –, une sorte de poupée-gigogne qui semble glisser sur le sol, à la manière d’une bonne femme- clownesse, marraine de conte d’enfance ou sorcière acariâtre – qui glisse furtivement sur la scène, effigie vivante et comique, forme ondoyante.

Que perçoit-on à l’intérieur de cette robe-maison ? Une jambe, un bras, une tête qui apparaît puis disparaît, si ce n’est que les membres du corps ne semblent pas tous correspondre à un seul homme de face car les pieds et le dos semblent retournés.

La perspective relève du non-sens et de l’absurde, et les paroles proférées, comme sorties du fond des entrailles, ne vont guère aider à l’élucidation de l’énigme.

Clamant sa solitude et son désespoir dans des paroles insensées, le comédien se réfugie loin devant dans les dessous d’un tapis. Avant, corps dénudé et blanchi par la mort, comme s’il était déposé de la Croix, le comédien semble vouloir s’élever dans les airs et implorer le Ciel, porté par des servants anonymes, aussi acrobatiques et agiles que lui, Silvère Boitel, Clara Gay-Bellile, Marion Lefèbvre.

Auparavant, l’acteur aura arpenté le plateau, les coursives et les galeries, la coupole de la grande salle du Théâtre de la Cité, à travers laquelle on devine l’ombre de l’interprète en errance, figure de Roi Lear : il est ici et là, nulle part et partout à la fois.

Camille Boitel n’est ni une apparition, ni un fantôme, mais un acrobate qui fait son salto à l’envers comme en passant, sans y toucher, histoire de se dégourdir un peu.

On le retrouve dos à terre, le corps allongé et étendu largement, membres écartés.

Les figures et les images que l’artiste propose à son public se font émouvantes et audacieuses, insolites et mystérieuses, la danse animée et jubilatoire d’un corps en majesté qui laisse traces et souvenirs dans la mémoire éblouie du spectateur.

Théâtre d’objets, chaises rangées et dérangées, tréteaux accumulés en pyramides, visions cauchemardesques d’insectes immenses ou d’araignées noires, les visions fantastiques et sombres – objets animés qui rivalisent avec l’être humain – hantent la scène que deux projecteurs ensoleillés de jaune veillent ardemment dans l’ombre.

Beauté poétique des mille éclats d’un corps vivant affrontant les choses et le monde.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité Internationale, du19 au 31 janvier. Tél : 01 43 13 50 50

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