Urfaust, de Goethe, traduction Jean Lacoste et Jacques Le Rider, mise en scène Gilles Bouillon

Crédit photo : Antonia Bozzi

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Urfaust, de Goethe, traduction Jean Lacoste et Jacques Le Rider, mise en scène Gilles Bouillon

 Urfaust (1775) de Goethe, pièce de jeunesse, forme originaire ou primitive de Faust I et de Faust II, est bien la version antérieure de l’œuvre majeure de toute une vie, une vision plus intense du drame mythique, selon le metteur en scène Gilles Bouillon.

Littérature populaire, théâtre de foire et fait divers – une jeune fille exécutée pour infanticide – inspirent le drame dans lequel Méphisto est un camarade de fête malin, et Faust un mauvais sujet libre et lucide qui s’égare en traquant « la vraie vie ».

Insatisfait et mélancolique, le héros romantique goethéen aimerait comprendre et dominer le monde, rêve de pouvoir et volonté de puissance que seul le sentiment fait plier vaec l’amour de Marguerite, précédant la violence sociale, la folie et le néant.

Aussi un Faust humain – « notre contemporain » – est-il dessiné : averti et distancié, observateur ironique et amusé parfois au-delà de la profonde douleur d’être né. Frédéric Cherboeuf interprète un Faust sensible, plein de souffrance et bravant les réalités. Quant à Méphisto, incarné avec gourmandise par Vincent Berger, il se régale de perversité acidulée – colère, rire, ricanement et cynisme complaisant.

Le drame repose sur le pathétique histoire de la paysanne Marguerite, belle et vertueuse, séduite par les riches présents de Méphisto et par le charme troublant de Heinrich Faust. Poursuivie par la fatalité, la jeune fille deviendra matricide et infanticide, tuant l’enfant mis au monde après avoir cédé au désir de son séducteur.

A travers la scénographie inventive de de Nathalie Holt, le public est invité à pénétrer dans la caverne sombre du génie en lutte avec le Créateur, qui s’en remet à la magie pour percer les énigmes de l’univers, entre mystère médiéval, théâtre baroque et modernité. Le spectateur conçoit aussitôt les vertiges dangereux et risqués de l’appétit de savoir et de pouvoir. Sur les parois intérieures de la caverne, courent des images blanches canines et mobiles, provoquant un trouble humain inquiétant.

Une galerie élevée se faufile au-dessus de la ronde de la scène – perdue dans l’ombre – laissant deviner la présence de Faust qui observe de haut le monde et les scènes réalistes du quotidien. Méphisto lui-même trône déguisé en dignitaire.

Portes et trappes sont inscrites dans les parois de la caverne, laissant survenir les personnages : l’étudiant, les buveurs populaires de taverne qui s’insultent à grand bruit avant la rencontre des deux acolytes qui les abusent de leurs tours de magie.

L’heure est à la féérie, et Méphisto commente volontiers les divers événements, semblant en imposer à son maître qui le laisser agir, tout en maîtrisant la situation.

Dans cet univers de noirceur nocturne et d’abîme, Marguerite apparaît comme la métaphore de la vie, rayonnante et pure, décidée et vive, fidèle à ses valeurs.

Or, elle finit par tomber dans la perte de soi en tombant dans les bras du bel amant.

Nulle issue pour la jeune femme pure que la société dégrade et détruit, ni pour son amoureux transi et peu sûr qui ne manifestera qu’une impuissance tragique.

Méphisto tire en apparence les épingles du jeu mais pour quel projet cohérent ?

Le monde indistinct et son chaos provoquent l’échec du désir d’ordonnancement.

Un conte profondément mélancolique, entre rires sarcastiques et vanité humaine.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête, La Cartoucherie, du 11 janvier au 5 février. Tél : 01 43 28 36 36

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